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Telegram sommé par la Russie de rompre la confidentialité de sa messagerie

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- - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

L’application de messagerie chiffrée a quinze jours pour se plier à la demande de l’agence russe de régulation des télécoms, sous peine de blocage.

L’application Telegram devra-t-elle faire une entorse à sa raison d’être? Mardi 20 mars, l'agence russe de régulation des télécoms, Roskomnadzor, a sommé le service de messagerie mobile de fournir sous quinze jours aux services de renseignements russes (FSB) les clés de chiffrement permettant de lire "les messages électroniques reçus, transmis ou en cours d'envoi", sous peine de blocage.

"Les menaces de bloquer Telegram s'il ne fournit pas les données personnelles de ses utilisateurs resteront sans effet. Telegram défendra la liberté et la confidentialité", a réagi sur Twitter Pavel Durov, le co-fondateur russe de la messagerie.

Une telle demande contrevient au modèle de Telegram, qui assure un strict respect de la vie privée de ses plus de 100 millions d’utilisateurs. Le service a été créé en 2013 afin d'échapper à la surveillance du gouvernement russe. Le chiffrement de bout-en-bout, proposé dans les conversations secrètes de l'application, assure aux utilisateurs la confidentialité de leurs discussions. Ni les services de renseignement, ni les forces de l'ordre, ni même Telegram ne peuvent en théorie y avoir accès. D’où une certaine popularité, condamnée à plusieurs reprises, auprès des partisans de l’Etat islamique.

Telegram déjà condamné

La requête du Roskomnadzor fait suite à un bras de fer entre Telegram et le FSB. En octobre dernier, l'application a écopé d'une amende de 800 000 roubles, soit l'équivalent de 18 000 euros, pour avoir refusé de coopérer avec les services de renseignement russes. Invoquant une violation de la Constitution russe, qui protège le droit au secret de la correspondance, Pavel Durov a fait appel, avant de voir sa plainte rejetée par la Cour suprême. 

Le chiffrement est dans le collimateur des autorités russes depuis plusieurs mois. Après l'attaque terroriste du 3 avril 2017, qui a fait 16 morts dans le métro de Saint-Pétersbourg, le FSB avait ainsi affirmé que l'auteur de l'attentat et ses complices avaient utilisé Telegram "pour dissimuler leurs plans criminels". 

Cette technologie, qui assure la confidentialité des communications, est également vue d'un mauvais œil par plusieurs responsables politiques européens. En mars 2017, à la suite de l'attentat de Londres, la commissaire européenne à la Justice Věra Jourová, a ainsi estimé que cette technologie ralentissait le travail des procureurs, des juges, de la police, ainsi que des autorités chargées de faire respecter la loi sur le sol européen. Amber Rudd, la ministre de l'Intérieur britannique, avait quant à elle estimé qu'il ne devrait pas y avoir "d’endroits où les terroristes puissent se cacher", prenant pour cible le chiffrement de la populaire application de messagerie WhatsApp.

Elsa Trujillo