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Réseaux sociaux: Facebook admet des effets néfastes, mais pointe la responsabilité des abonnés

Deux chercheurs de Facebook s'interrogent sur le comportement des abonnés des réseaux sociaux. Est-il néfaste d'y consacrer trop de temps?

Deux chercheurs de Facebook s'interrogent sur le comportement des abonnés des réseaux sociaux. Est-il néfaste d'y consacrer trop de temps? - Daniel Leal-Olivas - AFP

Facebook a décidé d'entrer dans le débat sur la nocivité des réseaux sociaux. Selon deux scientifiques du groupe californien, le danger repose sur la passivité des internautes qui se contentent de liker et de cliquer sur les liens. Ceux qui participent activement seraient bien plus épanouis.

Haro sur les réseaux sociaux. Après une décennie d’existence, ces plateformes sont désormais au centre de la vie de milliards de personnes, et leur puissance inquiète. Alors Facebook a décidé d’entrer dans le débat, plutôt que de le fuir. David Ginsberg et Moira Burke, deux chercheurs qui travaillent pour Facebook ont publié sur la newsroom du groupe un article titré "Questions difficiles: le temps passé sur les réseaux sociaux est-il néfaste?".

Ces deux responsables soulèvent des questions sensibles, comme les conséquences de l’addiction sur les plus jeunes. "En tant que parents, nous nous inquiétons du temps qu'ils passent en ligne", confessent les chercheurs qui reconnaissent passer "trop de temps sur nos smartphones, alors que nous devrions faire attention à nos familles".

Une santé mentale dégradée

Mais au-delà de cette confession, ce n’est pas le modèle des réseaux sociaux qui est épinglé, mais le comportement des abonnés. "Faire défiler passivement les messages des autres, c’est comme regarder la télévision", qui transforme les humains en consommateurs. Selon David Ginsberg et Moira Burke, c'est ce qui crée le mal-être. Ils s’appuient sur une étude de l’université de San Diego selon laquelle les personnes qui se contentent de cliquer sur des liens et de liker les messages des autres auraient une santé mentale plus mauvaise que la moyenne.

La solution ne consiste pas à se déconnecter, mais à participer aux échanges. "C’est le lien qui se crée en communiquant avec nos proches qui nous a attirés sur Facebook et il n’est pas surprenant que le fait de rester en contact avec ses proches nous apporte de la joie et renforce le sens de la communauté". Là encore, ces affirmations s’appuient sur des universitaires, en l’occurrence ceux de l’université de Carnegie Mellon qui ont constaté une baisse de la dépression et du sentiment de solitude chez les abonnés actifs sur les réseaux sociaux.

"Cœurs, likes, et pouces bleus"

Cet exercice acrobatique de rhétorique n’arrive évidemment pas par hasard. Il intervient au moment où Facebook teste une version de Messenger pour les 6-13 ans, mais surtout quelques jours après les déclarations de Chamath Palihapitiya, son ex-vice-président en charge de la croissance du nombre des utilisateurs. Après avoir contribué à recruter des millions d’abonnés, il vient de déclarer "une énorme culpabilité" d’avoir participé à l’aventure Facebook. "Nous avons créé des outils qui détruisent le tissu social et […] la façon dont notre société fonctionne", poursuit-il en référence aux "cœurs, likes, et pouces bleus" présents sur l'ensemble des réseaux sociaux.

Le public regarde également avec une certaine méfiance les réseaux sociaux. Pas tant sur le lien qu’ils créeraient ou rompraient entre les gens, mais plutôt sur les informations qui y circulent. Selon le Baromètre Acsel - La Poste sur la confiance dans le numérique, trois Français sur quatre n’ont pas confiance dans les informations qui circulent sur les réseaux sociaux quand 75% accordent leur confiance aux sites des médias traditionnels.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco