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Quasi ruiné en 2000, ce patron est aujourd'hui le "Steve Jobs" japonais

À 58 ans, Masayoshi Son vient de réaliser un gros coup en rachetant le fabricant de puces britannique ARM. Pourtant le fondateur du géant japonais des télécoms SoftBank revient de loin. Il y a 15 ans, il a perdu 90% de sa fortune.

Son nom n'est guère connu en dehors du Japon. Et pourtant Masayoshi Son aurait sa place dans les livres d'Histoire. Ce Japonais de 58 ans fondateur de l'empire des télécom SoftBank qui vient de racheter pour 29 milliards d'euros le britannique ARM a en effet subi il y a quelques années la plus grande perte de l'histoire du business: 70 milliards de dollars en quelques semaines. C'était en 2000, au moment de l'explosion de la bulle internet. Alors qu'il était à la tête d'une fortune estimée à 78 milliards de dollars, Masayoshi Son a vu le cours de l'action SoftBank fondre de 90%, et son patrimoine d'autant. 

De quoi faire quelques insomnies. Et pourtant le Japonais gardera son sang froid. Il décide de faire le dos rond dans la tempête, conserve ses actions et comme dit un adage boursier: "Pas vendu, pas perdu". Et après avoir survécu à la tornade boursière, plus grand chose n'effraie cet investisseur qualifié de "Steve Jobs japonais" par le Wall Street Journal. Voilà comment il qualifiait en 2015 la période actuelle devant des analystes:

"Je ne pense pas qu'on soit dans une nouvelle bulle internet. En 2000, la plupart des compagnies de l'internet perdaient de l'argent. Donc il y a eu une correction du prix. Mais si vous regardez aujourd'hui le cours des actions qui se sont effondrées à l'époque, est-ce qu'il n'est pas remonté au même niveau voire plus haut qu'à l'époque? La réponse est: 'Oui bien sûr'. Ce qui veut dire que même en 2000, ce n'était pas une bulle si vous prenez du recul."

Un projet pour dans trois siècles

Ne pas céder à l'hystérie collective, garder une perspective historique, voilà ce qui distingue sans doute Masayoshi Son du commun des grands patrons. Le Japonais ne raisonne pas à 6 mois, 3 ans ni même 10 ans mais à... 300 ans! En 2010, à l'occasion d'une conférence de presse, Son donnait ainsi les grandes lignes de la stratégie de SoftBank à horizon 2300! Un projet à la Frankenstein qui consiste à donner vie aux machines. Selon lui, au rythme actuel, le nombre de transistors sur un circuit va dépasser le nombre de cellules du cerveau humain en 2018. Ils dépasseront les cellules du cerveau par un facteur de 100 en 2040, et par un facteur de 1.060 par 2300. En conséquence de quoi, SoftBank travaille à donner vie à l'ordinateur. "Ce sera le plus grand changement de paradigme de l'humanité", assure le Japonais.

Et en rachetant le spécialiste mondial des puces de smartphones ARM, SoftBank avance tout doucement dans cette direction. Car jusqu'à présent, la société japonaise était plutôt un champion de l'internet. SoftBank est à l'origine de Yahoo! Japan (elle est le premier actionnaire de l'américain aujourd'hui), elle a investi dès 2000 dans Alibaba, revendant ses parts quelques années plus tard en réalisant une énorme plus-value et elle est un des premiers actionnaire de Didi Chuxing, le rival chinois d'Uber. Mais c'est dans les télécoms que SoftBank tire l'essentiel de sa rentabilité. Au Japon, SoftBank est le premier opérateur mobile et détient toujours l'exclusivité de commercialisation de l'iPhone. Aux États-Unis, le japonais est l'actionnaire majoritaire de Sprint, le troisième opérateur du pays. 

Un geek touche-à-tout

Ce conglomérat à la japonaise est présent à tous les niveaux de la chaîne high-tech. Une société touche-à-tout à l'image de son patron. En 1981, lorsqu'il crée SoftBank, Masayoshi Son est l'archétype du geek plus à l'aise avec les machines qu'avec ses semblables. Durant ses études à Berkeley en Californie, ce Japonais d'origine coréenne passe plus de temps à réparer les bornes d'arcade des restaurants et à bidouiller sur son ordinateur qu'à assister aux cours. Il met ainsi au point un synthétiseur vocal (comme celui que Steve Jobs intégrera dans le premier Macintosh...) et vend un brevet à Sharp pour une calculatrice.

C'est dans le logiciel qu'il se lance avec SoftBank au début des années 80 à l'âge de 24 ans. "Je voulais travailler dans un secteur dans lequel je serai de plus en plus excité avec le temps", explique-t-il en 1992 dans la Harvard Business Review. Plus tard viendront les télécoms, internet, les robots humanoïdes et l'énergie solaire. Aujourd'hui à la tête d'une fortune de 16,8 milliards de dollars, Son prépare l'avenir et l'avènement des machines. Et les 70 milliards "perdus" sont déjà de l'histoire ancienne.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco