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Patrick Drahi arrive sur le marché américain

Patrick Drahi pourrait mettre 10 milliards de dollars sur la table.

Patrick Drahi pourrait mettre 10 milliards de dollars sur la table. - Fred Dufour - AFP

Altice a signé un accord avec BC Partners et un fonds de pension canadien pour racheter 70% de Suddenlink Communications.

Nouveau défi pour Patrick Drahi. Après l'Europe, le nouveau magnat des télécoms et des médias français prend pied aux Etats-Unis via le rachat par son groupe Altice de Suddenlink Communications, le septième câblo-opérateur américain.

Altice, maison-mère de l'opérateur de télécoms français Numericable-SFR, a signé un accord avec le fonds d'investissement BC Partners et un fonds de pension canadien, propriétaires depuis 2012 du groupe américain, pour acquérir 70% du capital de Suddenlik. Cet accord valorise Suddenlik à 9,1 milliards de dollars. 

Patrick Drahi devient le deuxième homme d'affaires français à souhaiter s'implanter sur le marché américain après la tentative avortée de Xavier Niel, le "trublion" du secteur des télécoms en France, dont l'offre de rachat de l'opérateur T-Mobile US avait été rejetée en 2014. En mettant la main sur Suddenlink, Altice va récupérer un portefeuille de près de 1,4 million de clients et sera présent dans une quinzaine d'Etats dont le Texas, la Louisiane, l'Arkansas, la Caroline du Nord, l'Oklahoma, l'Arizona ou encore la Virginie occidentale.

Revenir au câble

L'opération permet au groupe européen, qui s'est beaucoup développé ces dernières années dans la téléphonie mobile et filaire, de revenir à ses premières amours, le câble. C'est un premier pas dans les ambitions d'Altice, qui veut participer à la consolidation du secteur en cours actuellement aux Etats-Unis, a indiqué une source proche du dossier. Car, selon elle, le groupe qui a fait une entrée remarquée en Bourse l'an dernier, lorgne sur des proies plus importantes comme le deuxième câblo-opérateur américain Time Warner Cable (TWC) avec 11 millions d'abonnés et une présence dans les grandes villes comme New York ou encore Los Angeles.

Des contacts auraient été noués entre les deux parties, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier confirmant les informations du Wall Street Journal. Tout passe pour l'instant par la finalisation du rachat de Suddenlink. Il faut dire que TWC se relève à peine de l'échec de sa fusion annoncée avec son grand rival et numéro un américain Comcast.

Les deux groupes ont jeté l'éponge, découragés par les inquiétudes des autorités de la concurrence. Depuis, Time Warner Cable est au centre de grandes manoeuvres. L'actuel numéro quatre du marché Charter Communications, qui a pour grand actionnaire la holding Liberty Media du milliardaire John Malone, a approché le groupe. Si l'intérêt de Patrick Drahi pour TWC se confirme, il sera confronté à son mentor John Malone pour qui il a travaillé par le passé.

Seul maître à bord de l'opérateur Numericable-SFR

Toute transaction va maintenant être scrutée à la loupe par le département de la Justice (DoJ) et le régulateur des télécoms (FCC). Altice devra aussi obtenir l'approbation de la Commission des investissements étrangers aux Etats-Unis. Time Warner Cable pèse plus lourd qu'Altice en Bourse - 44,64 milliards de dollars contre 28,67 milliards d'euros (32 milliards de dollars) à Altice mardi soir. L'appétit de l'entrepreneur français se traduit par sa voracité actuelle, qui lui a permis de bâtir un géant européen des télécoms et des médias, employant près de 30.000 personnes dans une quinzaine de pays et comptant quelque 30 millions d'abonnés.

La liste de ses acquisitions n'a cessé de s'allonger ces derniers mois. Il est désormais seul maître à bord de l'opérateur Numericable-SFR. Il a racheté Virgin Mobile et ajouté les actifs portugais du brésilien Oi dans son escarcelle ainsi qu'un opérateur en République dominicaine. L'homme d'affaires est aussi intéressé par le numéro trois français des télécommunications Bouygues Telecom, selon la presse anglo-saxonne.

Patrick Drahi occupe par ailleurs une place importante dans le paysage médiatique français, avec son associé Marc Laufer. Ils sont à la tête d'un groupe de presse constitué de l'ensemble des titres du groupe belge Roularta, dont l'hebdomadaire français L'Express, soit le cinquième pôle français de presse magazine. Les deux hommes sont aussi co-actionnaires du quotidien français Libération.

D. L. avec AFP