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Paris, terre d’accueil privilégiée des centres d’innovation

L'ancien PDG de Cisco John Chambers et le ministre de l'Économie Emmanuel Macron lors de l'inauguration, par vidéoconférence, du Paris Cisco Innovation Research Lab, le 8 octobre 2015.

L'ancien PDG de Cisco John Chambers et le ministre de l'Économie Emmanuel Macron lors de l'inauguration, par vidéoconférence, du Paris Cisco Innovation Research Lab, le 8 octobre 2015. - AFP - Patrick Kovarik

"Un rapport récemment publié montre combien Paris a progressé depuis quelques années en matière d’accueil de l’innovation."

L'ambition portée depuis deux ans par Axelle Lemaire pour faire briller la France sur le terrain de l'innovation portera-t-elle ses fruits? La capitale française a réussi à attirer deux centres d'innovation de grands groupes depuis juillet dernier, note un rapport réalisé par la société de services informatiques Capgemini et le cabinet de conseil Altimeter. En Europe, seule Londres fait mieux (avec quatre centres ouverts). Au total, sur la période, 56 nouveaux centres d’innovation ont ouvert dans 20 pays différents.

À Paris, ces deux centres ont vu le jour au dernier trimestre 2015. En octobre d'abord, l’américain Cisco avait inauguré son "Paris Innovation Research Lab" en présence du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron. Puis un centre dédié aux FinTechs a été inauguré en décembre dernier par BNP Paribas. Deux exemples qui montrent qu’il n’y a pas que les Google et Facebook qui viennent ouvrir des centres d’innovation en France.

Facebook, Intel, Samsung

Déjà présents depuis plusieurs années, ils continuent néanmoins de développer des synergies complémentaires. Facebook a installé une équipe de recherche en intelligence artificielle permanente à Paris début juin 2015. Ce centre s’ajoute aux deux autres également spécialisés en intelligence artificielle que détenait déjà l’entreprise dirigée par Mark Zuckerberg en Californie et à New York.

Plus tôt en 2015, et donc non comptabilisé dans ce rapport, le sud-coréen Samsung a annoncé l’ouverture d’un centre de recherche parisien dédié aux objets connectés.

Le fabricant de semi-conducteurs Intel a également choisi la région parisienne pour installer son laboratoire de recherche européen en exploitation de données. Il est implanté sur le campus Teratec, au plus près des chercheurs du pôle européen dédié à la simulation numérique et au calcul à haute performance. Au plus près, car ce qui séduit les groupes étrangers à Paris, ce sont les compétences réputées de ses ingénieurs, indique le rapport. Les Français sont notamment en pointe en matière de réalité augmentée et d’intelligence artificielle.

Principal analyste d'Altimeter, l'Américain Brian Solis explique à BFM Business qu'il voit Paris comme "un terreau prometteur pour l'innovation", soulignant les investissements consentis par l'État et le dynamisme de l'éco-système start-up dans la capitale.

Collaboration avec l'Inria

Ces centres d'innovation sont l'occasion pour ces groupes privés de s’associer à des laboratoires publics de recherche. Les membres du centre de Facebook collaborent par exemple avec des chercheurs français de l’Inria. "Nous allons collaborer avec Facebook dans le cadre de sujets de recherche scientifique de relativement long terme, typiquement pour l’encadrement de thèses. Certaines pourront éventuellement être financées par Facebook", déclarait en juin dernier Florent Perronnin, qui a pris la tête de cette unité.

Une collaboration décrite ainsi: "L’idée de Facebook n’est pas d’assécher le vivier et de prendre tous les meilleurs chercheurs. Plutôt que de faire une sorte d’OPA sur des chercheurs dans un domaine en particulier, ils préfèrent collaborer, être dans une démarche d’Open Innovation afin de conserver des interactions fructueuses avec le reste de la communauté". 

55% d'accélérateurs

Mais si les grands groupes viennent à Paris, c'est aussi grâce à son dynamisme entrepreneurial. La majorité (55%) des centres ouverts ces derniers mois sont des accélérateurs au sein desquels les entreprises s'ouvrent aux start-up et travaillent avec elles. Ainsi, depuis le 29 février et jusqu'au 1er juillet prochain, le centre d'innovation de BNP Paribas accompagne des "jeunes pousses" de la finance et de l'assurance. En contrepartie d'un accompagnement de ce type, les fondateurs des start-up concèdent généralement une ouverture du capital.

"Les accélérateurs aident les entreprises à façonner de nouvelles technologies pour des programmes pilotes spécifiques, qui auraient été difficiles à développer en interne", considère Brian Solis. Il ajoute: "L'expertise est l'une des qualités les plus recherchées et les plus difficiles à dénicher dans le domaine de l'innovation. Les accélérateurs offrent des opportunités mutuellement bénéfiques pour les entrepreneurs, les start-up et les grands groupes".

Enfin, réalisé depuis plusieurs années, ce rapport a permis de noter une évolution des spécialisations des centres d’innovation ouverts ces dernières années. Si précédemment, ils se concentraient en majorité sur le Big data, de plus en plus, les nouveaux sont dédiés à l’Internet des objets et à la ville intelligente. Ces deux thématiques sont privilégiées dans 21% des centres récemment ouverts. 

Adeline Raynal