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Les fusions-acquisitions explosent dans le monde (mais pas en France)

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Portée par des méga-rapprochements (Shell/BG Group, Dell/EMC, Anheuser-Bush Inbev/SABMiller...), l'activité de fusion-acquisition n'a jamais été aussi florissante depuis que des statistiques existent. Mais pas en France, où leur montant a reculé en 2015.

C'est le retour des très grandes manœuvres dans le business mondial. De mémoire, il faut remonter à la fin des années 90 ou au début des années 2000 pour assister à un tel engouement pour les méga-fusions. Le record, tous secteurs confondus, date d'ailleurs de cette période-là. En 1999, l'OPA réalisée par Vodafone sur l'opérateur allemand Mannesman pour la somme astronomique de 202,8 milliards de dollars représentait l'équivalent de 13,3% du PIB français de l'époque!

Et si ce chiffre n'est pas près d'être battu, on assiste depuis quelques mois à des rapprochements spectaculaires. Par exemple dans le pétrole, entre Shell et BG Group en avril dernier pour 70 milliards de dollars (64 milliards d'euros), ou dans le monde de la bière avec la tentative d'OPA hostile de Anheuser-Bush InBev qui veut faire cul-sec avec son rival SABMiller pour 100 milliards de dollars. Et ce lundi 12 octobre, on assiste au méga-rapprochement dans la high-tech entre Dell et le spécialiste du stockage EMC, record du secteur. Il y avait bien eu en 2000 la fusion AOL-Time Warner pour 164 milliards de dollars mais il s'agissait d'une opération high-tech/média.

2015, année historique dans les fusions-acquisitions

Et si ces rapprochements sont de grands arbres, ils cachent une forêt bien touffue elle aussi. Les fusions et acquisitions annoncées depuis le début de l'année ont atteint un niveau record en valeur selon Thomson Reuters. Leur montant est de 3.380 milliards de dollars (3.000 milliards d'euros environ), en hausse de 35% sur la période comparable de 2014. Un montant sans précédent ramené à une période écoulée depuis le début de l'année, depuis que cette statistique existe, soit 1980. Le record antérieur, qui était de 3.000 milliards de dollars, date de 2007, soit l'année d'avant la crise. 

Le marché américain représente à lui seul 1470 milliards de dollars, soit une hausse de plus de 62% par rapport à la même période de 2014. Quelle est la raison d'un tel appétit de rapprochements? Le fait que l'argent soit très peu cher avec des taux historiquement bas (c'est d'ailleurs ce qui explique la boulimie d'achat de SFR-Numericable). Mais ce n'est pas la seule raison. Pour Eric Lasry, associé chez Baker & McKenzie interrogé lors d'une conférence des Echos, "les grandes entreprises sont poussées aux fusions et acquisitions par leurs actionnaires activistes. On voit beaucoup d’opérations supérieures à 10 milliards de dollars qui sont plutôt bien accueillies par les marchés, à condition qu’elles correspondent à une stratégie de croissance."

C'est d'ailleurs une différence de taille avec la précédente période de boulimie de fusions du début des années 2000. Les rapprochements sont plus rationnels que durant la période de la bulle internet où l'on valorisait des potentiels plus que des activités rémunératrices.

Pourquoi la France est-elle à la traîne?

Un mouvement qui traduit aussi la confiance des grands groupes en l'avenir et une sortie de crise. "Ce résultat est important car il est le plus élevé depuis le déclenchement de la crise et le volume des fusions-acquisitions est souvent un indicateur avancé du dynamisme économique, explique le trader Benoist Rousseau sur son blog Andlil. En effet, lorsqu'une entreprise procède à une fusion-acquisition, c'est généralement le signe qu'elle anticipe, sur les prochains mois ou années, une croissance forte et qu'elle se prépare."

Il y aurait alors de quoi s'inquiéter pour la France. Si le volume reste stable en Europe (750 milliards de dollars depuis le début 2015), il est en revanche en recul de 43% dans l'Hexagone sur les 9 premiers mois de l'année. Le montant global des fusions-acquisitions a atteint 100,3 milliards d'euros selon Thomson Reuters contre 172 milliards il y a un an. Les investisseurs bouderaient-ils la France et sa croissance atone depuis quelques années? Sans doute, même s'il convient de relativiser. Ainsi, si l'année en cours est en retrait par rapport à 2014 c'est que l'année dernière avait été particulièrement faste avec des rapprochements au sommet entre SFR-Numericable, Lafarge-Holcim ou le rachat par L'Oréal des 8% de son capital détenus par Nestlé.

En 2015, en dehors de l'activisme de SFR-Numericable (rachat de l'américain Cablevision pour 17,7 milliards de dollars), il n'y a pas eu d'opérations géantes. Néanmoins, selon une étude de Baker & McKenzie, les fusions et acquisitions devraient croître à nouveau en France. Le cabinet estime qu'elles seront en hausse de 14% en 2016 et de 21% en 2017. Un bon présage pour la sortie de crise?

Frédéric Bianchi