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Le (très attendu) coup de pouce de Free à l'armée française

Le gouvernement a inscrit les recettes attendues des cessions de fréquences 700 MHz aux opérateurs mobiles, soit 2 milliards d'euros, au budget 2015 de la Défense, pour financer la loi de programmation militaire.

Le gouvernement a inscrit les recettes attendues des cessions de fréquences 700 MHz aux opérateurs mobiles, soit 2 milliards d'euros, au budget 2015 de la Défense, pour financer la loi de programmation militaire. - AFP Eric Piermont

Confronté à la fin de l'itinérance 3G que lui assure Orange, Free est l'opérateur qui a le plus besoin des fréquences 700 MHz, dont les enchères organisées fin 2015, viendront alimenter le budget de la Défense.

Pour investir dans ses réseaux en propre, comme tout bon opérateur qui se respecte, Free va devoir casser sa tirelire. Et ce faisant, rendre un sacré service au ministère de la Défense qui a prévu de boucler son budget en vendant à Free (et à ses rivaux) les fréquences 700 MHz détenues par l'armée française.

N'ayant pas obtenu de fréquences 800 MHz lors de la précédente attribution, fin 2011, Free a absolument besoin de ces fréquences basses. Celles-ci assurent une bonne couverture radio des territoires en requérant moins d'antennes-relais à déployer. Or, le respect de ses engagements de couverture géographique en 3G et en 4G, sera scrupuleusement guetté par le régulateur des télécoms.

L'Etat attend 2 milliards d'euros de ces enchères qui doivent être organisées par l'Arcep avant la fin de 2015. En 2011, Bouygues Telecom, SFR et Orange avait dépensé ensemble 2,639 milliards d'euros pour obtenir les fréquences 800 MHz.

Même si ces trois opérateurs seront moins tentés de surenchérir pour décrocher de nouvelles fréquences basses, Free devra sans doute faire un gros chèque pour rafler le meilleur lot proposé aux enchères. SFR n'avait-il pas dépensé 1 milliard d'euros, à lui seul, en 2011, pour décrocher le meilleur lot de fréquences 800 MHz...

Un calendrier ambitieux mais tenable, selon l'Arcep

Le président de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), Sébastien Soriano, a assuré devant le Sénat, début février 2015, que si le calendrier du processus d'attribution de la bande 700 Mhz "était très ambitieux", il ne lui paraissait toutefois "pas intenable".

Une des difficultés de ce dossier tient au fait que les opérateurs vont devoir payer pour des fréquences radio avant qu'elles ne soient libérées par le secteur audiovisuel. Un transfert progressif par plaques régionales de ces fréquences au profit des opérateurs télécoms doit se dérouler entre octobre 2017 et 2019.

Free aura d'autant plus besoin de fréquences supplémentaires, que l'échéance de la fin de l'itinérance 3G, dont il profite jusqu'en 2018 en utilisant le réseau mobile d'Orange, risque de s'accélérer. Le président de l'Autorité des télécoms (Arcep), Sébastien Soriano, compte "organiser la fin de l'itinérance" entre les opérateurs Free et Orange, a t-il précisé dans un entretien samedi 21 février au Figaro.

"Si l'itinérance se transforme en drogue de substitution, ce n'est pas bon", juge Sébastien Soriano. Le régulateur estime qu'"il faut organiser le sevrage. Pour aller vers un modèle où, en zone dense, chacun a son réseau et, en zone moins dense, les réseaux sont mutualisés. Une pierre directe dans le jardin de Free. Celui-ci a été accusé implicitement par Bouygues Telecom de moins investir dans son réseau mobile en propre, grâce à cet accord commercial d'itinérance. Même s'il lui en coûte chaque année plusieurs centaines de millions d'euros, pour utiliser le réseau d'Orange.

Une extinction progressive de l'itinérance dès 2016

Cet accord avait été conclu, avec la bénédiction de l'Arcep de l'époque, pour permettre à Free Mobile, de louer une partie du réseau d'Orange, le temps d'investir dans ses propres infrastructures télécoms.

En mars 2013, l'Autorité de la concurrence, saisie pour "avis" par Arnaud Montebourg, avait estimé que cet accord ne devait pas aller au-delà de son échéance prévue en 2018, voire devait s'arrêter par "plaques régionales" à partir de 2016. Pour Free, l'échéance de l'extinction de cet accord pourrait se concrétiser dès l'année prochaine. Dans son avis, l'Autorité estimait que "l’itinérance permet à Free d’attendre pour mieux saisir les opportunités qu’une situation de marché aussi turbulente que celle que connait le secteur des mobiles en France pourrait provoquer : rachat ou fusion avec un concurrent, mutualisation des infrastructures souhaitée par un opérateur qui voudrait réduire ses coûts, etc. De telles perspectives peuvent encourager une stratégie attentiste".

La loi Macron renforce les pouvoir de l'Arcep

La loi Macron doit renforcer certains pouvoirs de l'autorité des télécoms, notamment en matière de partage des réseaux mobiles entre opérateurs. "Dès que le texte de loi aura été examiné par le Sénat, nous commencerons le dialogue avec les acteurs pour organiser la fin de l'itinérance. Nous n'avons pas d'a priori sur le calendrier: il sera exigeant, mais cohérent avec la faisabilité sur le terrain", a poursuivi le président de l'Arcep.

Free Mobile était tenu d'atteindre, par son propre réseau 3G, une couverture nationale d'au moins 75% de la population métropolitaine à partir du 12 janvier 2015. L'Arcep procède actuellement à des mesures afin de vérifier si ces obligations ont été respectées. 

Frédéric Bergé