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Le porno va-t-il faire décoller la réalité virtuelle?

Le premier film X de réalité virtuelle de Marc Dorcel est compatible avec tous les casques du marché.

Le premier film X de réalité virtuelle de Marc Dorcel est compatible avec tous les casques du marché. - Dorcel

"Du minitel à internet en passant par la VHS ou le DVD, les contenus pour adultes ont toujours participé à l'essor des nouvelles technologies. La réalité virtuelle en profitera-t-elle à son tour? Pas sûr."

Vous levez la tête vers une jeune femme légèrement vêtue qui vient vous aborder. Vous tournez la tête à gauche et deux de ses amies commencent à se dévêtir en vous regardant. S'ensuivent 12 minutes de petits jeux érotiques du même acabit. Vous pouvez ôter votre casque, la séance est terminée. Voilà ce que propose le premier film en réalité virtuelle réalisé par Marc Dorcel pour les casques de réalité virtuelle. Le français a réalisé deux films: un soft et un plus hard dans lequel "vous êtes au milieu de l'action", explique Gregory Dorcel, le directeur-général de la société de production. Des films plutôt coûteux à réaliser. "Il faut compter 120.000 euros le film en réalité virtuelle de 12 minutes mais principalement à cause de la post-production, explique Gregory Dorcel. Un film classique de la même durée coûterait 5.000 euros." Le petit film en version hard est vendu 10 euros sur smartphone ou casque de réalité virtuelle.

Dorcel est-il en train d'inventer le futur de la consommation de pornographie? Dans la high-tech on y croit en tout cas. "La relation entre les contenus pour adultes et la réalité virtuelle sera mutuellement bénéfique pour les deux, assure dans une note Gene Munster, analyste chez Piper Jaffray. Ces casques pourraient révolutionner une industrie qui a stagné pendant de nombreuses années." L'industrie du porno fait le pari que les consommateurs accepteront de payer à nouveau pour ce type de contenu. Ce qui est loin d'être le cas depuis quelques années.

Alors que la consommation n'a jamais été aussi importante (136 milliards de vidéos auraient été visionnées dans le monde en 2015 selon Juniper Research), les revenus du secteur, eux, stagnent. Entre 2010 et 2015, la croissance des revenus des sites pornographiques n'a augmenté que de 0,3% par an à 3,3 milliards de dollars selon IBISWorld Market Research. La faute à des taux de piratage élevés et la prolifération des sites gratuits tels que PornHub qui proposent du contenu "fait maison" avec relativement peu de publicité.

Le porno derrière le jeu vidéo et le sport?

Dans ce paysage, la réalité virtuelle fait saliver les pornographes du monde entier. Les analystes de la banque Piper Jaffray estiment ainsi que d'ici 2025, les contenus pour adultes seront le troisième secteur le plus lucratif de la réalité virtuelle derrière le jeu vidéo (1,4 milliard) et le sport (1,2 milliard). Le porno en réalité virtuelle devrait atteindre le milliard de dollars de recette. 

L'historique semble donner du crédit à ses prévisions optimistes. Les contenus pour adultes se sont de tout temps rapidement adaptés aux nouvelles technologies pour gagner de nouveaux consommateurs et accroître leurs revenus. Avec le minitel, la VHS, le DVD, l'internet évidemment mais aussi bien avant déjà avec l'imprimerie (les premiers écrits érotiques de Pierre l'Arétin datent du début de l'imprimerie), la presse ou encore le cinéma. Ainsi le premier film considéré comme érotique (Le Coucher de la mariée) a été vu pour la première fois en 1896, soit un an après l'invention du cinéma.

La barrière du masque reste une contrainte lourde

Pour autant est-ce que ces types de contenus sont à l'origine de l'adoption des technologies comme on a tendance à le croire dans le milieu de la high-tech? C'est sans doute aller un peu vite en besogne. L'industrie pornographique qui croyait par exemple très fort à la 3D n'a pas réussi à imposer cette technologie d'écran dans les foyers. "Je ne sais si le X est à l'origine des innovations, je crois surtout que c'est un secteur qui sait utiliser rapidement les technologies à ses débuts car c'est un contenu qu'on a envie de tester", assure Gregory Dorcel. Ce n'est pas parce que le porno se met à la réalité virtuelle que c'est un gage de succès. 

D'ailleurs même chez Dorcel, on doute de l'adoption massive de cette technologie. "L'expérience est bluffante mais la barrière du masque sur le visage reste une contrainte lourde, reconnaît Gregory Dorcel. Nous ce qui nous intéresse c'est de montrer ce qu'il est possible de faire avec ces technologies. Mais ce qui nous intéresse vraiment c'est l'hologramme grâce auquel on aura des expériences bluffantes." L'expérience a montré que le port d'interface sur le visage s'est heurté par le passé à de nombreuses réticences. Dans les années 90, les premiers casques de réalité virtuelle déjà, les téléviseurs 3D à lunettes ou encore les Google glass ont tous été des flops. Des technologies très envahissantes qui ont jusqu'à présent rebuté le plus grand nombre. L'attrait du porno sera-t-il suffisamment fort?

Frédéric Bianchi