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Le patron de China Telecom emprisonné pour corruption?

Nommé en septembre dernier, Chang Xiaobing, PDG du 3e opérateur de télécommunication en Chine, a été contraint de quitter ses fonctions pour de "graves violations de la discipline". La presse chinoise affirme qu'il serait même déjà sous les barreaux.

En Chine, la lutte contre la corruption n’épargne personne. Aucun cadre dirigeant d'une entreprise, qu’elles soient privées ou publiques, n'est à l'abri si les autorités ont vent de versement d'argents ou de cadeaux susceptibles d'avoir influencé ses choix. En certainement pas le dirigeant de China Telecom, le premier opérateur de Chine en téléphonie fixe et le troisième sur le mobile.

Trois jours seulement après l’annonce officielle d’une enquête, Chang Xiaobing, 58 ans, a démissionné de ses fonctions de président, PDG et directeur exécutif. Un communiqué officiel a été envoyé par le groupe à la bourse de Hong Kong où le groupe est côté.

Le gendarme interne du Parti communiste chinois (PCC), la Commission centrale d'inspection disciplinaire, avait annoncé dimanche que Chang Xiabing fait l'objet d'une enquête pour "graves violations de la discipline", un euphémisme couramment utilisé en Chine dans les affaires de corruption.

Mais, si les autorités n’entrent pas dans les détails, la presse chinoise s’est emparée du dossier et précise les faits. Selon le magazine Caixin, les "problèmes" du dirigeant sont liés à son passage à la tête de China Unicom, le deuxième opérateur du pays, dont il était à la tête avant d’arriver à China Telecom. Le magazine affirme aussi que Chang Xiabing serait même déjà en détention.

"Des dirigeants de China Unicom ont accepté de l'argent et du sexe en contrepartie d'interventions sur des dossiers comme des négociations de contrats avec des fournisseurs ou des promotions", a écrit le magazine qui, par prudence, ne précise pas si Chang Xiaoping était ou non impliqué.

Un dirigeant mis au secret pendant six mois

Cette arrestation aux allures de polars n’est pas unique en Chine. Les autorités chinoises mènent une vaste campagne anticorruption aussi bien dans les rangs du Parti communiste que dans les milieux d'affaires depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping en 2013. Elles ont notamment concentré leurs efforts vers les groupes publics des secteurs de l'énergie, de l'automobile et de l'aéronautique.

Début décembre, le milliardaire chinois Guo Guanchang, surnommé le Warren buffet chinois, a disparu mystérieusement plusieurs jours. Fondateur et PDG de Fonsun, le plus important conglomérat chinois, et propriétaire du Club Med, aurait passé plusieurs jours entre les mains des autorités anticorruption. Une fois libéré, il n’a fait aucune allusion à l’enquête. A-t-il été suspecté ou entendu comme témoin ? On ne le saura pas.

Une autre affaire touche indirectement la France. En mai dernier, Mike Poon, patron du fonds actionnaire de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, a disparu pendant six mois sans que les autorités ou l’entreprise ne donnent la moindre explication sur cette absence. Selon les médias chinois, il a été "interrogé" sur des suspicions de corruption qui touche China Southern, la première compagnie aérienne d’Asie, dont Air France-KLM est le partenaire privilégié.

Pendant sa disparition, il ne s’est manifesté que pour démissionner de la présidence du conseil de surveillance de la société Aéroport Toulouse-Blagnac (ATB) dans un courrier adressé à Anne-Marie Idrac, présidente du conseil de surveillance d’ATB.

Pascal Samama avec AFP