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Le marché des drones s'envole chez les professionnels

En configuration professionnelle, à plusieurs milliers d'euros pièce, bardés de capteurs et de caméras, les drones se mettent au service plusieurs secteurs d'activité.

En configuration professionnelle, à plusieurs milliers d'euros pièce, bardés de capteurs et de caméras, les drones se mettent au service plusieurs secteurs d'activité. - Mehdi Fedouach-AFP

Les drones intéressent des entreprises aussi variées que Carterpillar et la SNCF. Même Amazon et La Poste les étudient pour la livraison de colis. Plus de 1.500 opérateurs indépendants de drones sont déjà homologués en France.

Si les drones de loisir connaissent un succès croissant, les entreprises se sont aussi emparées de ces aéronefs télécommandés. En configuration professionnelle, à plusieurs milliers d'euros pièce, bardés de capteurs et de caméras, ils remplissent des missions très utiles au service d'entreprises très diverses. Les missions à vocation technique, assurées par des opérateurs homologués par la DGAC (cf encadré), sont en plein essor.

A la SNCF, les usages potentiels des drones civils sont légion pour aider à sécuriser les 30.000 kilomètres du réseau ferré français: surveillance des ouvrages d'art, prévention des actes de malveillance… En 2015, la SNCF a recouru à plusieurs prestataires spécialisés pour inspecter les parois rocheuses risquant de s'ébouler sur les voies ferrées, dans quatre régions (Aquitaine, Auvergne, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes).

Utiles pour le suivi de chantier

Caterpillar a conclu un accord de commercialisation avec l'opérateur de drones Redbird pour l'optimisation des opérations des engins de chantier grâce à l'analyse des données captées depuis les airs par ces appareils. Selon John Carpenter, responsable des questions technologiques chez Caterpillar, "la collecte de données et les traitements d'images développés par Redbird vont fournir aux clients un éventail de solutions pour leurs opérations, telles que la gestion de leurs inventaires, l'optimisation du transport des matériaux, ou encore le suivi des chantiers."

Pour sa part, Redbird a déjà bénéficié d'une prise de participation du Français Engie au printemps 2015. De quoi financer de nouvelles solutions pour les drones civils dans l'industrie et les services, notamment la maintenance et la surveillance des infrastructures gazières.

Une aide précieuse pour l'agriculture

Cependant, l'industrie au sens large est loin d'être le principal secteur utilisateur de ces merveilles de technologie. Les drones travaillent environ à 60% dans l'audiovisuel, évitant le recours à de coûteux hélicoptères pour des tournages ou des photos de paysages, selon Stéphane Morelli, président de la Fédération professionnelle du drone civil. 

L'autre secteur en pointe dans l'emploi de ces petits aéronefs télécommandés est l'agriculture. De la cartographie au réglage fin du traitement des cultures les drones se révèlent particulièrement efficaces dans l’agriculture de précision.

C'est cet usage qui a motivé l'acquisition par Parrot, le principal fabricant français de drones de loisirs et à usage professionnelle, de la société Airinov. Ses engins sont utilisés dans l’agriculture, permettant de doser au plus juste l’engrais à semer dans les champs. Pour financer son développement sur le marché professionnel, Parrot a levé 300 millions d'euros à la mi-décembre 2015.

La livraison de colis est un secteur d'activité moins mature pour les drones. Amazon a dévoilé un prototype avec lequel il compte livrer, en une trentaine de minutes, les colis commandés sur son site d'e-commerce. Cet engin peut à la fois voler à la verticale comme un hélicoptère ou à l'horizontale comme un avion. Il est muni de capteurs permettant de détecter des obstacles sur son chemin. Toutefois, le géant américain du commerce en ligne n'a fourni aucune précision sur la mise en service de ce drone. 

La Poste expérimente le drone pour livrer les colis

La Poste n'a pas attendu Amazon pour expérimenter la livraison de colis par drones. Elle a confié à la société Atechsys, la conception d'un prototype qui a effectué en 2014 son premier transport d’un colis de 3 kilos sur une distance de 1.200 m, intégrant le décollage, le vol, l’atterrissage puis le retour à la base de départ.

Un premier test positif a été mené au Ceema (Centre d’Etudes et d’Essais pour Modèles Autonomes, installé à Pourrières dans le Var,), un campus dédié aux drones civils de dernière génération dont Atechsys est le maître d’œuvre.

La Poste attend désormais le feu vert de la DGAC pour tester ce drone sur une "ligne expérimentale" de 14 kilomètres entre le Ceema et le village de Saint-Maximin dans le Var.

Un marché supervisé par la DGAC

Comme tous les aéronefs, les drones sont du ressort de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), qui estime à 3.300 le nombre d'engins professionnels opérant sur le territoire hexagonal. Un dynamisme dû à une réglementation adoptée suffisamment tôt par rapport à l'arrivée sur le marché de ces aéronefs .

Dès 2012, la France s'est doté d'un cadre réglementaire, qui va évoluer en janvier 2016 pour les drones de loisirs, encadrant l'usage de tous les drones civils en France. C'est la DGAC qui délivre notamment les homologations des drones ainsi que les autorisations de survol demandés par les professionnels. Elle autorise les exploitants et opérateurs de ces drones qui sont plus de 1.500 actuellement.

Il est, entre autres, absolument interdit de survoler les rassemblements de personnes (stades, compétition, foires,...). Les professionnels "doivent éventuellement demander des autorisations, mais quand il y a des rassemblements importants on ne (les) donne pas", souligne Muriel Preux, chargée des drones à la DGAC.

Frédéric Bergé