BFM Business

Google sera-t-il sanctionné par Bruxelles?

Google propose de laisser à trois concurrents un petit encadré sous les résultats de Google Shopping

Google propose de laisser à trois concurrents un petit encadré sous les résultats de Google Shopping - -

Le moteur de recherche met de plus en plus en avant ses propres services dans les résultats d'une requête -une pratique qui pourrait être illégale. Bruxelles, saisie par des concurrents, tente avec difficulté de trouver un compromis avec Google.

Cela fait déjà bien longtemps que, lorsque vous lancez une requête sur Google, le moteur de recherche ne vous propose plus une simple liste de liens. Les résultats obtenus mettent de plus en plus en avant les propres services de Google.

Ainsi, si vous tapez 'ipod', le moteur mettra en avant cinq offres d'ipod en vente sur Google Shooping. Si vous tapez "vol Paris New York", les offres de Google Flights apparaissent. Et si vous tapez "hôtel Londres", surgissent les résultats de Google Hotel Finder. Les résultats de la recherche proprement dits n'arrivent qu'ensuite, plus bas sur la page.

Des résultats onéreux et non pertinents

Mais ce n'est pas tout. Les cinq offres d'ipod ne pas mises en avant parce que ce sont les plus pertinentes, ou les moins chères. Elles sont mises en avant car elles ont payé Google pour cela. Selon une étude citée par le Financial Times, ces offres ne sont pas les moins chères dans 85% des cas...

Surtout, cette discrimination pourrait violer le droit de la concurrence. En effet, Google détient plus de 90% du marché de la recherche en Europe, et notamment en France. Le Californien est donc en position dominante, ce qui lui interdit certains couplages de services.

Une quinzaine de sociétés (dont Microsoft et les français Twenga et Ejustice), estimant que Google abuse de cette position dominante, ont donc porté plainte à Bruxelles, qui a ouvert une enquête le 30 novembre 2010.

Abus de position dominante

Trois ans après, l'enquête est toujours en cours. Le commissaire européen à la concurrence, Joaquin Almunia, hésite entre deux options. La première: aller au contentieux, en notifiant des griefs à Google, puis lui imposant des obligations et une amende, allant jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires. C'est ce que Bruxelles avait fait avec Microsoft.

Seconde option: trouver un accord amiable, reposant sur des engagements volontaires de Google. Un tel accord est "plus rapide" et donc "toujours préférable à une longue procédure", expliquait Joaquin Almunia en mai 2012. C'est bien sûr l'option préférée de Google...

Une petite place pour les concurrents

Dans le cadre de ces négociations, Google s'engage à faire une petite place à ses concurrents dans le résultat des recherches. Une petite place qui sera payante: les concurrents devront payer pour la décrocher, avec un système d'enchères comparable à celui utilisé pour les mots clés.

Par exemple, dans le cas de la recherche d'un produit, Google a proposé d'ajouter, en dessous des offres de Google Shopping, une ligne avec des liens vers trois sites de commerce concurrents.

Ces propositions de Google ont été publiées en avril 2013, afin de recueillir l'avis du secteur, qui a été très négatif: les concurrents ont estimé ces concessions minuscules et qu'elles entérinaient l'abus pratiqué par Google, plutôt que d'y mettre fin. Selon les études qu'ils ont menées, la petite ligne proposée par Google n'attirera que 1% du trafic, 99% restant chez Google.

Le dilemme d'Almunia

Le Californien a donc formulé une seconde proposition, qui n'a pas été publiée, mais a largement fuité. Dans le cas de la recherche d'un produit, Google propose désormais d'ajouter, en dessous des offres de Google Shopping, un petit encadré résumant les offres de trois concurrents (cf. photo ci-dessus).

Joaquin Almunia a qualifié cette proposition d'"amélioration significative", et Google de "concession difficile". Mais les concurrents, qui devaient faire part de leurs commentaires avant fin novembre, ne sont pas plus convaincus. "Le trafic laissé aux concurrents passe à 2%, ce qui reste ridicule", peste un comparateur de prix.

Joaquin Almunia est donc face à un dilemme. Soit il accepte les maigres propositions de Google, ce qui suscitera l'ire des concurrents. Soit il se lance dans un contentieux, mais il admettra ainsi que sa stratégie du compromis aura été une longue perte de temps.

En tous cas, le commissaire européen dit vouloir aboutir d'ici mi-2014, et aimerait sans doute boucler le dossier avant son départ à l'automne 2014.

Jamal Henni