BFM Business

Gameloft-Ubisoft: Bolloré joue la division chez les Guillemot

Yves Guillemot semble prêt à sacrifier Gameloft pour sauver Ubisoft.

Yves Guillemot semble prêt à sacrifier Gameloft pour sauver Ubisoft. - Mark Ralston - AFP

"Vivendi lance officiellement ce lundi une OPA sur l'éditeur de jeux vidéo pour mobile Gameloft. Un groupe détenu, comme Ubisoft, par la famille Guillemot. Derrière la bataille boursière, une guerre d'ego est en marche."

Vincent Bolloré ressert son emprise sur Ubisoft et Gameloft! Le patron de Vivendi a orchestré la montée au capital dans les deux entreprises de jeux vidéo détenues par la famille Guillemot et a lancé une OPA sur Gameloft qui s'ouvre officiellement ce lundi. Derrière, se joue l'avenir d'Ubisoft, dont Vivendi grappille des parts de capital depuis plusieurs mois. Derrière la bataille boursière, c'est en fait un combat d'homme d'affaires et d'égo qui se joue.

La stratégie de Vincent Bolloré pour emporter la partie tient aujourd'hui en un principe: diviser pour mieux régner. Gameloft, spécialiste des jeux sur mobile, est dirigée par Michel Guillemot. Son frère Yves, est la patron d'Ubisoft, le vaisseau amiral qui édite des blockbusters pour console de jeu. 

Vivendi a plus à gagner avec Gameloft

Bolloré attaque donc de front les deux entreprises pour assécher les ressources de la famille qui apparaît divisée. D'un côté, Michel veut résister coûte que coûte pour sauver Gameloft, note un analyste. Yves, lui, semble prêt à sacrifier l'entreprise de jeu mobile, pour pouvoir se renforcer dans Ubisoft et faire barrage à Bolloré.

Vivendi a beaucoup plus à gagner en avalant Gameloft, note un observateur. Avec cette société d'ingénieurs qui adapte sur mobile des univers créés par d'autres, comme les Minions, les synergies sont évidentes. Notamment pour Canal+. Avec Ubisoft, dont Vivendi détient déjà 15%, le risque est plus grand. L'éditeur a bâti son succès en regroupant des créatifs qui tiennent à leur indépendance. Ils risquent de quitter le navire si Bolloré prend le pouvoir.

Ubisoft en meilleure santé que Gameloft

Reste qu'Ubisoft est sans doute aussi plus alléchant: son dynamisme a encore été confirmé par les très bonnes ventes de son nouveau jeu, The Division, à plus de 300 millions de dollars. Soit le meilleur démarrage pour une nouvelle franchise. À côté, Gameloft est davantage en difficulté. Le groupe, en restructuration, a licencié 10% de ses effectifs après avoir raté le tournant des jeux freemium. Mais il est plus facile à avoir: la famille Guillemot détient 21% du capital et 29% des droits de vote (contre respectivement 30 et 26 pour Vivendi). Avec une valorisation à 615 millions d'euros, et une action à 7 euros, il risque d'être difficile pour la famille de défendre la bergerie.

Au bout du compte, les intentions de l'homme d'affaires Vincent Bolloré sont-elles de mener la bataille sur Gameloft pour affaiblir les frères avant de se lancer à l'assaut d'Ubisoft? Ou d'attaquer Ubisoft pour gagner la partie Gameloft? Quoi qu'il en soit, la tentative de déstabilisation de la famille Guillemot est rondement menée.

Simon Tenenbaum, édité par N.G.