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Free continue à perdre des clients, mais…

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L’opérateur a néanmoins ralenti la fuite d’abonnés même s’il est difficile d’estimer l’apport de la Freebox Delta. Le groupe annonce également son plan Odyssée pour renouer avec une croissance forte et la vente de ses pylônes à Cellnex pour 1,4 milliard d’euros.

Les effets de la transformation de Free commencent-ils à se faire sentir ? Après une année 2018 assez catastrophique, marquée par une fuite massive d’abonnés et une chute de son cours de bourse (-40% en 12 mois), Iliad, la maison mère de Free a mis en place une profonde évolution stratégique.

L’idée : moins miser sur le low-cost et réduire sa dépendance aux promotions agressives. Le lancement en décembre de la très attendue nouvelle Freebox Delta, très premium, illustrait ce changement stratégique.

Autant dire que les résultats du premier trimestre étaient attendus. Ils sont néanmoins assez mitigés. Si au global, le chiffre d’affaires rebondi de presque 8% à 1,29 milliard d’euros, cette croissance est avant tout alimentée par la forte activité de Free Mobile en Italie (3,3 millions de clients pour un CA de 81 millions).

En France, les revenus n’augmentent que de 1% à 1,21 milliard d’euros, une progression que le groupe doit à l’ajout du chiffre d’affaires de Jaguar Network, opérateur B2B racheté fin 2018.

Dans le détail, Free continue à perdre des abonnés aussi bien dans le mobile que dans le fixe, même si l’hémorragie a clairement été ralentie par rapport à l’an passé.

« Beaucoup de choses ont été entreprises, et on voit les premiers signes positifs. Mais aucune euphorie ce matin, il y a encore de belles choses à réaliser », indique d’ailleurs Thomas Reynaud, directeur général délégué de Free.

La Delta à peine évoquée

Dans le mobile, la perte atteint 50.000 clients (pour un total de 13,3 millions) mais le groupe souligne que ce repli concerne exclusivement son offre voix à 2 euros par mois tandis que ses forfaits supérieurs progressent qui gagnent en effet 75.000 abonnés.

Le chiffre d’affaires services Mobile est en hausse de 2,3%, à 487 millions d’euros. Le chiffre d’affaires facturé aux abonnés enregistre lui une hausse de plus de 5%, à 384 millions d’euros.

Dans le fixe, la situation pose question. Le groupe voit ses ventes reculer de 2,7% et son par perdre 15.000 clients (à 6,4 millions) malgré le lancement en grandes pompes de la Freebox Delta qui justement devait remettre Free sur le chemin d’une croissance.

D’ailleurs, dans sa communication, Iliad évoque à peine sa nouvelle box, ne donne aucun chiffre de recrutement ou de revenus (le dernier datant de mars à 100.000 recrutements).

On apprend juste que « le chiffre d’affaires relatif aux équipements progresse de 30% sur le 1er trimestre (à 73 millions d’euros), grâce aux premiers revenus liés aux ventes du Player Devialet de l’offre Freebox Delta » mais ce chiffre inclut également les ventes de smartphones.

Pour Stéphanie Baghdassarian du Gartner : « Le premium ne visera qu’une partie faible de la cible », principalement des clients en renouvellement plutôt que de la conquête.

Néanmoins, l’opérateur continue à recruter massivement dans la fibre (150.000 recrutements nets à 1,1 million de clients), ce qui lui permet d’augmenter un peu le revenu par abonné à 32,5 euros contre 31,8 à fin 2018. Et pour Free, l’essentiel est bien là.

« Le chiffre d’affaires services Fixe montre une bonne résilience au 1er trimestre, en dépit de la forte pression concurrentielle sur le marché, démontrant ainsi les premiers résultats positifs des initiatives déployées par le Groupe en 2018 », commente de son côté le groupe.

Acte de contrition

Pressé de rassurer les investisseurs sur sa capacité à rebondir dans un contexte de guerre des prix et d’investissements lourds, Xavier Niel a d'abord fait acte de contrition ce mardi lors d'une journée dédiée aux investisseurs. Une première.

« On n'a pas vu certaines choses qui n'allaient pas, raté des opportunités qu'on aurait pu saisir, on s'est endormi sur nos lauriers, j'en suis le premier responsable, en tant que premier actionnaire, mais également le premier à en avoir été puni », a-t-il reconnu. « Nous avons reconstitué une équipe dirigeante, il ne s'agit pas d'un simple jeu de chaises musicales. Nous avions besoin de la rajeunir, de la rendre plus diverse, cette entreprise a besoin de sang neuf ».

Iliad a également annoncé le « plan Odyssée 2024 ». Il prévoit notamment, d'ici 2024, 4,5 millions d'abonnés à la fibre, avec 30 millions de prises raccordables, sur la totalité du territoire.

« L'enjeu des prochains trimestres est de regagner une dynamique commerciale positive, faire de la fibre un outil de conquête commerciale afin de retrouver le chemin de la croissance de manière durable », a martelé Thomas Reynaud.

Dans le mobile, Free se donne pour ambition de faire migrer 80% de ses clients vers son offre la plus chère en 4G illimitée (contre 58% aujourd'hui) sur le même horizon de temps. Iliad compte également s'attaquer au marché dit mobile subventionné, à valeur ajoutée, sans pour autant préciser s'il va lancer une offre subventionnée ou non.

Sur le marché entreprises, l'objectif visé est désormais d'atteindre une part de marché de 4% à 5% d'ici 5 ans, avec un chiffre d'affaires compris entre 400 millions et 500 millions d'euros. Un défi qui s’annonce difficile tant ce marché est aujourd’hui disputé par les historiques et les alternatifs.

Enfin, comme beaucoup de ses concurrents, Free s’offre un ballon d’oxygène de cash en cédant pour 1,4 milliard d'euros ses pylônes (antennes) en France et en Italie à l'espagnol Cellnex.

L'accord entre les deux groupes prévoit la cession de 70% du capital de la société gérant les pylônes d'Iliad en France et 100% des parts de celle gérant les mêmes infrastructures en Italie, permettant à Cellnex de renforcer sa position de numéro un européen sur ce secteur.

Au total, 5.700 sites en France et 2.200 en Italie sont concernés par cette opération.

« Cette opération s'inscrit dans une logique industrielle permettant l'accélération des déploiements des réseaux 4G et 5G et démultipliant les capacités d'investissements d'Iliad », a estimé le directeur général du groupe, Thomas Reynaud, cité dans un communiqué.

Le montant récolté grâce à cette opération doit permettre de « renforcer la capacité d'investissement du groupe », selon le communiqué, mais servira également à ramener l'endettement d'Iliad à une fois son excédent brut d'exploitation (Ebitda), contre environ 2,5 fois actuellement.

Olivier CHICHEPORTICHE