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En offrant du boulot aux bricoleurs, Leroy Merlin irrite les artisans 

Actuellement, 50 magasins proposent le service FrizBiz, mais d’ici la fin de l’année, il sera proposé dans les 120 Leroy Merlin de France.

Actuellement, 50 magasins proposent le service FrizBiz, mais d’ici la fin de l’année, il sera proposé dans les 120 Leroy Merlin de France. - Mychelle Daniau - AFP

Les artisans du bâtiment se jugent menacés par l'appli Frizbiz qui permet aux particuliers de donner un coup de main à ses clients qui ne peuvent réaliser eux-mêmes des travaux.

L'idée répond à un vrai besoin. Ils sont en effet nombreux les Français qui n'aiment pas bricoler et peinent à trouver un artisan pour monter des stores sur deux fenêtres ou poser un écran de baignoire pivotant. C'est pour répondre à ce besoin que Leroy Merlin a crée un service permettant à ses clients bricoleurs de proposer leurs mains et leur savoir-faire à ceux qui ne savent se servir ni d'une perceuse ni d'un niveau.

Le spécialiste français du bricolage s’est associé à cet effet à la startup FrizBiz spécialisée dans la mise en relation de particuliers pour la réalisation de petites prestations (bricolage, traduction, aide à la personne…). Et ce contrat l'a fait passer à l’étape supérieure. Actuellement, 50 magasins proposent le service FrizBiz, mais d’ici la fin de l’année, il sera proposé dans les 120 Leroy Merlin de France.

Le collaboratif, une "fausse tendance écolo-bobo"?

La startup, créée il y a plus de deux ans, dispose déjà d’une communauté de 100.000 "jobbers" qui échangent un "coup de main" contre une petite rémunération. "Un coup de main, c’est une aide ponctuelle qu’habituellement on réalise avec l’aide de proches et que souvent, les professionnels ne veulent pas faire car elles ne sont pas assez rentables", nous a précisé Augustin Verlinde, cofondateur de FrizBiz.

Pour beaucoup de particuliers, c’est une aide précieuse, mais déjà, les professionnels s’inquiètent d’une concurrence qu’ils jugent évidemment déloyale. En Bretagne, plusieurs artisans s’élèvent déjà contre cette pratique dans la presse locale.

Cet électricien des Cotes d’Armor se dit déjà "écoeuré" par ce service. "C’est directement cette fausse tendance écolo bobo, organisée dans les médias et par les grands groupes mondialisés. Nos charges sociales qui nous asphyxient payent le système, mais rendent ensuite inaccessibles nos services à de plus en plus de ménages et ces sociétés en profitent."

Aider clients et prestataires à se mettre en règle

De son côté, la Fédération française du bâtiment (FFB) est moins virulente, mais s’inquiète de cette tendance. "La profession est en crise depuis 2008 et ce type de pratique risque d’aggraver les choses. Cela peut créer une concurrence déloyale qui pénaliserait les professionnels", admet une porte-parole de la FFB. "Les professionnels font face à des obligations administratives ou financières que n’ont pas les auto-entrepreneurs. Nous ne sommes pas contre la concurrence, mais il faut pouvoir lutter à armes égales".

Pour FrizBiz, ce problème n’en est pas un. "AirBnb et Blablacar ont évangélisé le marché du collaboratif et nous avons fait en sorte d’aider notre réseau à être en règle avec les lois", nous a indiqué Augustin Verlinde. La startup a en effet mis en place un dispositif pour aider à la fois les donneurs d’ordres et les prestataires en s’appuyant sur PayName, un service en ligne de paiement entre particuliers.

En attendant, les professionnels s’inquiètent du succès de l’opération entre Leroy Merlin et FrizBiz. Et même s’il ne s’agit que de donner un "coup de main", les professionnels préfèrent rester sur leur garde. "Les petits ruisseaux font les grandes rivières", estime la FBB qui prend pour exemple le succès des start-up du collaboratif qui se sont fait une belle place dans l’économie.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco