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Economie collaborative : les Français disent oui... si ça rapporte

Faire de bonnes affaires et rencontrer de nouvelles personnes. Ce sont les deux principales raisons qui motivent les Français à s'impliquer dans l'économie collaborative.

Faire de bonnes affaires et rencontrer de nouvelles personnes. Ce sont les deux principales raisons qui motivent les Français à s'impliquer dans l'économie collaborative. - Philippe Huygens (AFP)

Avec Internet, le don et le partage sont devenus une véritable économie. Mais selon le Crédoc, les motivations des utilisateurs sont plus liées à la baisse du pouvoir d’achat qu’à de l’altruisme.

Pourquoi acheter une voiture, un livre, une perceuse ou un appartement alors que des milliers de possesseurs de ces objets ne les utilisent pas ou peu ? C’est sur ce principe que repose l’économie collaborative qui propose de ne plus posséder pour mieux partager.

Pourtant, les utilisateurs, qu’ils soient prêteurs ou emprunteurs, sont peu à chercher dans cette nouvelle manière de consommer à créer une société plus noble et plus ouverte sur son prochain. Selon une étude du Crédoc, leurs motivations sont plus terre-à-terre.

D’une part, les Français cherchent avant tout à faire des économies. C’est, selon l’organisme, "ce qui a contraint les ménages aux nouveaux modes d’échange pour consommer différemment et à trouver de nouvelles sources de revenus pour maintenir leur qualité de vie avec un pouvoir d’achat en berne".

Le Crédoc appuie ces affirmations par des chiffres. Selon son enquête, la contribution "à une société meilleure" n’est citée que dans 25% des réponses, et la protection de l’environnement 30%. Par contre, l’attrait du gain ou la création d’économie est le principal moteur avec 67%. La seconde raison qui pousse les particuliers à ces méthodes de consommation est la possibilité de rencontrer des gens ou à tisser des liens (47%).

Cette nécessité ou cette envie de réaliser des économies fait oublier le principal inconvénient de l’économie collaborative qui est que l’on a fasse à soi, non pas une entreprise, mais un simple particulier. Plus de la moitié des personnes interrogées n’ont pas, ou peu confiance dans leurs semblables.

Les Français méfiants et peu attirés par le risque

Pour le Crédoc, ce n’est pas un scoop. Dans son étude, il rappelle que les Français ne brillent pas pour leur gout du risque. "Dans plusieurs enquêtes internationales, ils apparaissent souvent plus méfiants que les autres en matière d’Internet (cf. les Eurobaromètres de la Commission Européenne) ou vis-à-vis d’autrui d’une manière générale (cf. la World Values Survey). Et ils sont aussi connus pour leur aversion au risque."

Et pourtant, malgré cela les Français se sont jetés dans le collaboratif sans retenue, preuve que, malgré les craintes réelles ou supposées, la promesse économique est tenue. Le succès d’AirBnb, d’UberPop, de BlablaCar, de RecycLivre ou de OuiStock en est la preuve.

Et nous n’en sommes qu’au début. Une étude réalisée par le cabinet PwC dévoile le potentiel mondial de cette économie CtoC (consumer to consumer, c'est-à-dire consommateur au consommateur). Ce marché qui actuellement affiche un revenu de 15 milliards de dollars pourrait être vingt fois supérieur en 2025 pour atteindre 335 milliards. 

En France, ce business va plutôt bien. Les Français résistent à leurs pulsions pour se lancer dans de nouvelles relations commerciales. Entre 2009 et 2012, l’achat de produit d’occasion par Internet a doublé. Ils vont même jusqu’à louer l’un de leur bien le plus précieux : leur logement.

Quant à l’autre, la voiture, ils ne montrent pas vraiment de réticences à la louer à un particulier via le covoiturage. Selon l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie), 21% de la population sont concernés par cette pratique en 2013, contre 18% en 2011.

Pascal Samama