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Condamné en Turquie, Google prive les nouveaux smartphones Android de ses applications

Android.

Android. - Rob Bulmahn

Le géant américain n'accepte pas de devoir ouvrir Android aux moteurs de recherche concurrents. Il a décidé de ne plus fournir ses services stars dans les futurs smartphones vendus en Turquie.

Google a beau prôner des valeurs d'ouverture, lorsqu'il s'agit de ses produits, la réalité est un peu différente. Son système d'exploitation pour smartphones Android, qui équipe 76% du parc mondial selon Statcounter, met ainsi en avant les services du géant américain: moteur de recherche, email, navigation, cartes, photos, boutique d'applications... et ne propose jamais de propositions concurrentes pré-installées.

Un choix anti-concurrentiel qui lui a valu plusieurs condamnations. En Turquie par exemple, l'autorité de la concurrence a sanctionné Google en septembre 2018 à hauteur de 17,4 millions d'euros et a exigé qu'Android soit plus ouvert aux produits concurrents, à la suite de la plainte de Yandex, le moteur de recherche russe. Google avait alors six mois pour se conformer à cette décision. 

En novembre dernier, l'autorité juge que les modifications apportées par Google sur ses contrats avec ses partenaires fabricants ne leur permettent toujours pas d'installer par défaut un moteur de recherche concurrent. Il ordonne à nouveau à Google de modifier ses contrats sous peine d'une amende de 0,05 % de ses revenus annuels par jour de retard.

Amende record en Europe

Google refuse. Pire, le groupe de Mountain View a décidé de contre-attaquer, comme l'expliquent notamment Les Echos. Et la firme a choisi la manière forte puisqu'elle a décidé de ne plus fournir ses services aux fabricants de smartphones Android vendus dans le pays, à l'image de ce qui se passe en Chine avec Huawei.

C'est la fin pour Gmail, Maps, Chrome, Play ou encore YouTube installés dans les terminaux que les Turcs pouvaient acheter, quelle que soit la marque. Un porte-parole de la firme précise que les fabricants ont été prévenus de cette décision la semaine dernière. Concrètement, aucune nouvelle licence n'est accordée.

"Les appareils existants restent en vente et continueront de fonctionner normalement", précise néanmoins un porte-parole de Google. Mais une fois les stocks épuisés... Google compte sur sa part de marché dans le pays (80% des terminaux vendus sont sous Android) et sur l'effet de cette interdiction pour que ce chantage fasse plier les autorités. Il rappelle que si Android est gratuit c'est parce qu'il peut se rémunérer sur les applications pré-installées qui génèrent des revenus.

Un argument qui a du mal à convaincre, notamment la Commission européenne qui a lourdement condamné Google pour les mêmes raisons. En juillet dernier, le géant a écopé d'une amende record de 4,34 milliards d'euros destinée à punir l'entreprise américaine pour avoir abusé de la position dominante d'Android, pour asseoir la suprématie de ses propres applications et avant tout son service de recherche en ligne.

Exactement le même scénario qu'en Turquie mais dans ce cas, Google s'est contenté de faire appel, sans faire appel au chantage.

Olivier Chicheportiche