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Cette fronde diffuse qui empêche Free d'installer ses antennes-relais

La bataille des ondes radio et des antennes-relais entre Free, les riverains et les mairies se joue aussi devant les tribunaux.

La bataille des ondes radio et des antennes-relais entre Free, les riverains et les mairies se joue aussi devant les tribunaux. - Patrick Bernard-AFP

L'opérateur mobile affronte en ville et à la campagne l'opposition tenace de riverains contre ses antennes-relais dont il a grand besoin pour améliorer sa couverture mobile par rapport à ses trois rivaux. Ces litiges finissent parfois en justice, différant d'autant l'installation de ses matériels.

La contestation contre les antennes-relais de Free, juchées sur des points hauts ou des pylônes, s'étend à la ville comme en zone rurale. Le problème est d'une acuité particulière pour l'opérateur qui a grandement besoin de densifier la couverture nationale de son réseau 3G et 4G par rapport à ses 3 grands rivaux, en installant de nouveaux relais radio sur tout le territoire.

Qu'ils motivent leur fronde pour des raisons sanitaires (à cause des ondes), esthétiques ou environnementales, les opposants sont très actifs sur le terrain alors même que l'installation d'une antenne a reçu l'aval de la mairie. À Noisy-le-Roi (Yvelines), en Ile-de-France, cet hiver, lors de chaque conseil municipal un groupe d’habitants manifestait devant la mairie son refus de l’antenne-relais de 34 mètres de Free, autorisée par l'exécutif municipal et implantée à proximité de leur domicile, rapporte Le Parisien.

À Albi (Tarn), une association du nom de Comité Mouline Gô (CMGA), hostile à la pose d’une antenne Free prête à être érigée avec ses émetteurs, a carrément bloqué, début février 2018, l’arrivée du camion-grue nécessaire à son installation, explique le quotidien régional La Dépêche.

En milieu rural, la contestation se manifeste aussi

Même en zone rurale, où souvent les opérateurs ont une couverture mobile défaillante, certains riverains sont remontés contre toute installation d'une nouvelle antenne.

Dans le Cantal, sur la commune de Laroquebrou (887 habitants recensés en 2015), où Free a érigé une antenne dans un quartier, ses habitants ont écrit au maire: "quel sera l’impact de cette installation sur la santé dans un village classé petite cité de caractère? L’antenne incriminée est située à 400 mètres du collège, 260 mètres de l’école primaire, 200 mètres de la Maison de retraite". Ils se demandent pourquoi Free n’a pas installé son antenne-relais sur un site un plus loin sur lequel sont déjà présent Orange et SFR et craignent que sa proximité dévalue leurs maisons, selon la Voix du Cantal.

De leur côté, les maires se retrouvent souvent en porte-à-faux. Ils sont pris entre leurs électeurs qui protestent avec véhémence contre la pose d'antennes-relais nouvelles et la pression des opérateurs qui veulent améliorer le service à leurs clients mobiles.

Les maires sont sous pression de leurs électeurs

Confronté à la contestation sans relâche de certains de ses habitants, le maire de Noisy-le-Roi, qui avait pourtant autorisé la pose de l'antenne-relais de Free, a dû envoyer en janvier 2018 au directeur général de Free un courrier lui demandant d'étudier un autre site d'implantation.

En 2017, devant la fronde de ses habitants, le maire de Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), près d'Arras, a demandé à l’opérateur mobile de redéposer un dossier technique pour une antenne-relais de 25 mètre de haut, rapporte la Voix du Nord.

Parfois, ce sont les maires eux-mêmes qui font barrage aux équipements de l'opérateur. Certains refusent par arrêté l'autorisation préalable de travaux nécessaires à leur installation. Dans ces cas, Free n'a d'autres recours que de se retourner vers la justice administrative et se pourvoir pour contester la décision municipale.

Le Conseil d'État a donné raison à Free contre Marseille

Lorsque son recours aboutit jusqu'au Conseil d'État, celui-ci se fonde alors sur des arguments juridiques et sa décision dépend du contexte local. Free a été débouté en 2017 alors qu'il contestait une décision de 2016 du maire de Saint-Gervais-les-Bains (commune de Haute-Savoie). L'édile s'était opposé par arrêté à la demande de pose d'une antenne de Free sur le toit d'un bâtiment de sa commune, travaux qui contrevenaient aux règles d'urbanisme.

A contrario, l'opérateur a récemment obtenu gain de cause contre la ville de Marseille. Celle-ci s'opposait à une antenne 3G/4G alors que la zone concernée était dépourvue de couverture du réseau de Free. Le jugement du Conseil d'État invoque "l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G et aux intérêts propres de Free Mobile, et en particulier à la circonstance que le territoire de Marseille, dans la zone concernée, n'est que partiellement couvert par les réseaux de téléphonie mobile de la société requérante". Une décision qui a dû mettre un peu de baume au coeur de l'opérateur, qui reste confronté à une contestation qui ne désarme pas.

Frédéric Bergé