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Cet Anglais de 17 ans a refusé 6 millions pour sa start-up, il nous explique pourquoi

De passage à Paris, le jeune Mohammed Ali étudie le marché en France avant de lancer son site d'annonces en août prochain.

De passage à Paris, le jeune Mohammed Ali étudie le marché en France avant de lancer son site d'annonces en août prochain. - Mohammed Ali

Ce jeune Britannique s'apprête à lancer en France Weneed1, son site de consommation pour lequel des investisseurs américains étaient prêts à payer l'équivalent de 6 millions d'euros, en décembre dernier. De passage à Paris, il s'est confié à BFM Business.

Le jeune homme est discret et plutôt timide. Au Starbucks de la Gare du Nord où nous l'avons rencontré en ce mois de juin de canicule, Mohammed Ali (homonyme du célèbre boxeur) s'assied sur un coin de table et a du mal à soutenir le regard de ses interlocuteurs. Mais le jeune garçon qui est déjà une star en Angleterre, où il est comparé à Mark Zuckerberg, a la maturité d'un entrepreneur chevronné lorsqu'il raconte son parcours.

Mohammed Ali, c'est ce jeune garçon de Leeds qui a conçu et lancé le site Weneed1 en début d'année en Grande-Bretagne. Un site pour lequel des investisseurs lui ont fait, à lui et à son associé, une offre de rachat de 5 millions de livres (6 millions d'euros) en décembre dernier. Mais comme les grandes stars de la tech avant lui (Mark Zuckerberg, Evan Spiegel de Snapchat), il leur a opposé une fin de non-recevoir. "C'était une décision très sûre, je n'ai pas hésité une seconde, confie-t-il. Mon but dans la vie ce n'est pas d'avoir plein d'argent à dépenser. Je veux développer de nouvelles technologies, créer de nouvelles choses. Et quand on voit le parcours d'un Zuckerberg ou d'un Gates, on voit que l'argent n'était pas le principal moteur dans leur vie". Lui qui a grandi dans un milieu modeste (père chauffeur de taxi, mère femme de ménage, cinq frères et soeurs) n'est pas un flambeur. Sur les 40.000 livres (46.000 euros) déjà empochées dans sa vie professionnelle, il n'en a dépensé que 1400 pour acheter des meubles pour ses parents.

Mais Weneed1, c'est quoi? Il s'agit d'une sorte de site de petites annonces inversées sur lequel vous postez votre besoin comme un taxi pas cher pour l'aéroport, une Clio d'occasion à moins de 3000 euros, une chambre d'étudiant pour l'été... Et les vendeurs et les professionnels peuvent venir vous proposer leurs produits et services. Un site qu'il a lancé il y a quelques mois et qui serait déjà utilisé par 15.000 personnes par jour, assure Mohammed Ali.

C'est pour préparer son lancement en France en août que le jeune homme était de passage dans la capitale. "Je veux rencontrer des hommes politiques et des gens dans le business en France pour savoir quelles sont les attentes des gens ici, explique-t-il. Dans la foulée, nous allons le lancer en Chine et à Hong-Kong".

Il a appris le code à 6 ans grâce à YouTube

Une grande maturité, et une précocité qui impressionne. Mohammed Ali n'est né qu'en 2000 et a déjà créé un jeu vidéo (Project 2006) qui lui a rapporté plus de 40.000 livres, un site qu'il s'apprête à lancer à l'étranger, et il travaille actuellement sur un nouveau projet dans la santé. "Je m'intéresse beaucoup aux technologies médicales et j'ai travaillé sur un logiciel qui profitera gratuitement aux principaux services de santé du monde entier, explique-t-il. Je ne peux pas encore en parler dans le détail, mais il sera bientôt lancée".

Il ne quitte jamais son ordinateur très longtemps, toujours prêt à rentrer quelques lignes de code. Un code qu'il a appris tout seul en regardant des vidéos YouTube... à 6 ans. À un âge où les enfants ne savent sans doute pas se servir d'un PC, lui se lance tout seul dans l'apprentissage du langage de programmation. "En fait, je jouais à des jeux sur PC et j'ai commencé à m'intéresser au langage Java, explique-t-il. Et d'une vidéo à l'autre j'ai appris le code parce que je trouvais ça intéressant de savoir comment communiquer avec une machine".

C'est à la suite du lancement de son jeu en 2012 qu'il est repéré par les médias britanniques. Les caméras de la BBC débarquent dans le petit appartement de ses parents à Dewsbury, dans le nord de l'Angleterre. C'est en le voyant à la télé que Chris Thorpe, un entrepreneur anglais sexagénaire du Yorkshire comme Mohammed décide de le contacter. C'est lui à la base qui a l'idée du site Weneed1. "J'étais jeune, du coin et je savais coder, c'est ce qui lui a plu, raconte Mohammed Ali. Il m'a envoyé un mail dans lequel il m'a demandé si je voulais gagner mon premier million de livres". Bien introduit dans le business, c'est Chris Thorpe qui mettra le pied à l'étrier au jeune programmeur et lui présentera les investisseurs américains qui lui feront l'offre de rachat. "On les a rencontrés en décembre dernier à Londres et ils ne croyaient pas que c'était moi qui avait créé le site", confie-t-il.

"Je ne pense pas que des sociétés européennes deviendront les futurs Facebook, Google et Amazon"

Mais si le jeune homme travaille sur de nombreux projets, il ne compte pas sacrifier ses études pour autant. Après avoir un temps envisagé des études d'informatique, c'est vers le droit qu'il va finalement se tourner. Lui qui connaît déjà le code informatique veut apprendre celui qui régit le monde des affaires. "J'ai dû travailler avec de nombreux avocats au cours des derniers mois et c'est très stressant car il faut tout partager avec eux, explique-t-il. Je maîtrise la programmation, je pense que des études d'informatique seraient inutiles pour moi".

La fac à partir de septembre, et d'ici là beaucoup de voyages. Il a déjà prévu une quinzaine de déplacements dans le monde d'ici la fin de l'année afin d'explorer les différents marchés pour lancer son site. Il n'envisage pas à court terme de quitter son Angleterre natale, même s'il porte un regard plutôt pessimiste sur l'évolution de son pays.

"Le Brexit était une très mauvaise nouvelle qui va à contre-sens de l'évolution de l'Europe et du business, estime-t-il. De manière générale je ne suis pas très optimiste sur les start-up en Europe. Je ne pense pas que des sociétés européennes deviendront les futurs Facebook, Google et Amazon. On ne se concentre pas assez sur les technologies et c'est un marché morcelé. Je pense que les États-Unis, la Chine et l'Inde seront les champions de la tech dans les 10 prochaines années. L'Europe doit grandir et arrêter de se chamailler sur des histoires comme le Brexit. Les pays doivent travailler ensemble pour développer leurs économies en commun, faire en sorte que les entreprises se développent plus vite et que l'enseignement informatique commence très tôt à l'école."

Voilà quasiment un programme politique complet. Pas mal, à seulement 17 ans.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco