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Ces magasins qui veulent scanner votre visage pour lutter contre le vol

Les technologies de reconnaissance faciale se sont améliorées depuis quelques années au point désormais d'intéresser les entreprises pour leur sécurité.

Les technologies de reconnaissance faciale se sont améliorées depuis quelques années au point désormais d'intéresser les entreprises pour leur sécurité. - Faceplusplus

Aux États-Unis, certaines enseignes testent des technologies de reconnaissance faciale pour lutter contre la démarque en magasin. Des technologies qui intéresseraient aussi certains distributeurs français. Mais dans le fond, est-ce réellement efficace?

C'est l'une des scènes fameuses du film "Minority Report" de Steven Spielberg. Tom Cruise entre dans un magasin et il est immédiatement identifié par les caméras. Une technologie de vidéosurveillance ultime, capable de reconnaître n'importe quel individu en scannant l'iris de son oeil à distance. 

Cette possibilité est sortie du registre de la science-fiction. Une technologie similaire est utilisée par de nombreux magasins aux États-Unis, notamment par le géant de la grande distribution Walmart. Sauf que ce n'est pas l'iris de l'oeil qui est scanné, mais le visage complet. C'est une société californienne baptisée FaceFirst qui propose cette technologie aux enseignes de la grande distribution américaine. Elle a d'ailleurs réalisé cette vidéo promotionnelle pour l'expliquer.

Et Walmart ne serait pas le seul à utiliser la reconnaissance faciale. Selon Joe Rosenkrantz, le Pdg de FaceFirst interrogé sur le site de Fortune, un grand nombre de grands distributeurs américains utiliseraient la technologie de son entreprise.

Concrètement, comment ça marche? Des caméras de vidéosurveillance balaient en permanence les allées et venues des passants en scannant leur visage sur différents points. Mais ceux-ci ne sont pas enregistrés dans une base de données. En revanche, ceux des délinquants, eux, le sont. Et si le scan d'un client correspond au visage d'un délinquant déjà enregistré dans sa base de données, le service de sécurité reçoit dans les 7 secondes une alerte sur son smartphone avec même des conseils de procédure à suivre en fonction du profil de la personne repérée.

Des tests en France

Et si les enseignes américaines utilisent ce type de technologies, quid des françaises? Selon nos informations, certaines testeraient des procédés équivalents mais restent très discrètes sur le sujet. Il s'agirait de pilotes afin de mesurer la maturité de la technologie. Les images ne seraient ni enregistrées, ni stockées, ce qui est d'ailleurs illégal en France.

Mais ces technologies sont-elles dans le fond si efficaces contre la démarque inconnue (le vol en magasin)? "Certainement pas, assure un expert de la sécurité en magasin. C'est très coûteux et contre-productif. Des systèmes de protection comme les puces RFID sont bien plus efficaces pour protéger les biens. Il faut savoir qu'aujourd'hui, le vol occasionnel représente 60% de la démarque inconnue en France. Et l'un des produits les plus volés, ce sont les tétines pour enfants. C'est le cas de figure typique où le client entre dans le magasin, son bébé pleure, il va prendre une tétine dans le rayon, la retire du blister et "oublie" de la payer au moment de passer en caisse. La reconnaissance faciale n'aurait aucun intérêt pour ce cas de figure. Cela n'a une utilité que pour le vol avec récurrence."

"La reconnaissance faciale? Principalement de la com'"

Selon cet expert, la reconnaissance faciale est avant tout une technologie de lutte contre le terrorisme, plutôt que contre le vol en magasin. D'ailleurs, le porte-parole de Walmart confirme dans Fortune que si la technologie a eu des résultats, ces derniers ne sont pas à la hauteur du coût de déploiement. En fait, il s'agirait surtout de prévenir le vol occasionnel en effrayant les clients avec ce type de technologie. "C'est principalement de la com', assure notre expert, les magasins savent qu'ils ne déploieront pas ce type de technologie." 

En France, la démarque inconnue a fortement diminué en 2014. Elle a chuté de 20% selon Checkpoint à 3,5 milliards d'euros. Les enseignes ont beaucoup investi dans la sécurité. Elles y ont consacré près de 2 milliards d'euros en 2013, soit 0,5% de leur chiffre d'affaires contre à peine 0,37% en 2009. Des investissements principalement en surveillance humaine et surveillance électronique des produits (étiquettes antivol, puces électroniques, boîtiers sécurisés...). On est loin de Minority Report.

Frédéric Bianchi