BFM Business

Ces écoles très à part qui forment des passionnés sans diplôme

Le nombre de candidatures explose à l'école 42. Cette année, elle a reçu 80.000 dossiers, mais seulement 1.000 élèves seront sélectionnés.

Le nombre de candidatures explose à l'école 42. Cette année, elle a reçu 80.000 dossiers, mais seulement 1.000 élèves seront sélectionnés. - Martin Bureau - AFP

A un mois du bac et en plein débat sur la réforme des programmes, la France vit depuis des décennies au rythme d'un système scolaire bien établi. Mais de nouvelles écoles offrent une voie alternative.

Comme les taxis, les banques ou les hôtels, le secteur de l'éducation est en train de connaître une nouvelle phase de développement, en voyant émerger des modèles d'écoles alternatives. Pour la plupart, elles sont gratuites et s'adressent à un public en rupture avec le système éducatif classique. Mais la sélection pour y entrer est un véritable défi que seuls les passionnés peuvent relever. 

Le cuisinier Thierry Marx compte ainsi ouvrir à Besançon une seconde école dédiée aux métiers de bouche. Il y a aussi le projet du journaliste Harry Roselmack qui, avec Eric Mestrallet, a lancé Espérance Banlieue, une école alternative pour récupérer les jeunes décrocheurs. Dans les technologies, cette tendance a démarré avec 42, l’école de programmeurs créée en 2012 par Xavier Niel avec Nicolas Sadirac et Kwame Yamgnane.

Le potentiel de ces écoles alternatives est tel qu’il y a un an, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre du droit des femmes, déclarait qu’elle comptait s’en inspirer pour créer une école de l’entreprenariat. "Dans ces écoles, les élèves reprennent confiance en eux et ils sont employables dans des secteurs qui embauchent", disait celle qui est désormais ministre de l’Education Nationale.

Les candidatures explosent pour rejoindre ces cursus

Depuis son lancement, 42 a fait des émules. Encore peu connu, le Samsung Campus ouvre actuellement les inscriptions pour sa seconde promotion. Il s’adresse aux passionnés d’informatique de 18 à 25 ans qui n’ont pas le bac. A l'heure actuelle 50 élèves sont en formation. "Il ne s’agit pas de former de futurs salariés de Samsung, nous a expliqué une porte-parole. Ce programme fait parti des initiatives sociétales que le groupe mène dans le monde. Ce Campus est pour l’instant le seul d’Europe."

Mais il ne faut pas croire que ces nouveaux centres de formation sont en concurrence directe avec les écoles traditionnelles. "Notre école veut former les nouveaux professionnels du numérique dont les entreprises ont besoin, a précisé Kwame Yamgnane lors de l’émission Tech&Co. Dans ces filières, nous essayons de faire émerger ceux qui ont été rejetés des filières classiques. 150.000 étudiants quittent chaque année le système éducatif sans diplôme."

Le nombre de candidatures explose. Cette année, 42 a reçu 80.000 dossiers, contre 50.000 l'année précédente. Mais seulement 1.000 élèves seront retenus. 

Si la qualité des formations est reconnue par les professionnels, elles n’aboutissent pas à un diplôme reconnu par l’éducation Nationale. Cela n’empêche pas les Français de postuler pour entrer dans ces écoles.

Zak Allal, représentant de la Singularity University, indique que le nombre de candidats français pour ce cursus a triplé en un an. Mais, pour ce responsable, cette non-reconnaissance n'est pas un frein. "C’est plutôt un avantage. Nos programmes évoluent en permanence et bien trop vite pour l’administration. Si nous étions reconnus, nous ne pourrions pas suivre ce rythme." 

Quand les politiques admettent la "rupture"

Quant à l’école 42, Kwame Yamgnane considère qu’il est impossible de faire reconnaître son cursus par le ministère. Et pour cause. "Chez nous, nous ne notons pas les élèves, il n’y a pas de cours et pas de prof, précise le chef d'établissement. Mais la vraie question est plutôt de savoir si nous sommes reconnus par les entreprises. La particularité des développeurs est que plus ils sont diplômés, moins il est facile pour eux de trouver du travail. Ce n’est donc pas un problème pour nous, bien au contraire."

Si ces écoles restent marginales et ne forment qu’une infime portion des besoins de compétences, beaucoup les regardent avec intérêt, et pas seulement Najat Vallaud-Belkacem. 

François Fillon aussi les trouve, non seulement séduisantes, mais surtout efficaces. L’ex-premier ministre préconise une révolution de l’enseignement qui irait plus loin que la distribution de tablettes. "Le numérique représente aujourd'hui 5,5% du PIB français. Il pourrait passer à 7% d'ici 2020, à condition d'adopter des mesures en "rupture".

Pourquoi ne l’a t-il donc pas fait lorsqu’il était à la tête du gouvernement ? "Il faut savoir analyser les erreurs du passé pour ne pas les refaire", a-t-il répondu au Echos

Pascal Samama