BFM Business

Ces Allemands veulent créer un Uber de la prostitution

Pia Victoria Poppenreiter et son associé, Torsten Stüber, lancent Ohlala. Ce site  propose aux hommes et aux femmes de se faire rémunérer des relations sexuelles, sans pour autant être des professionnels.

Pia Victoria Poppenreiter et son associé, Torsten Stüber, lancent Ohlala. Ce site propose aux hommes et aux femmes de se faire rémunérer des relations sexuelles, sans pour autant être des professionnels. - Ohlala

Le site Ohlala propose de mettre en relation des adultes consentants pour des relations sexuelles rémunérées sans faire appel à des prostituées, mais à des hommes ou des femmes qui veulent à arrondir leur fin de mois.

Uber ne cesse d'inspirer les créateurs de start up. Avec plus ou moins de bonheur. Deux jeunes Allemands ont décidé de s'aventurer sur un terrain que même leurs compatriotes risquent de trouver sulfureux. Leur idée: inciter ceux qui peinent à boucler leurs fins de mois à pratiquer de façon occasionnelle le plus vieux métier du monde. Comme d'autres se font chauffeurs sur UberPop ou "hôtelier" sur AirBnb.

Leur site s'appelle Ohlala, une expression qu'aiment utiliser les Allemands persuadés que nul peuple au monde ne surpasse les Français en matière sexuelle. Mais, cette fois, la référence est pour le moins incongrue. Car en matière de prostitution, c'est bien l'Allemagne et non la France qui mène la danse. 

Ohlala va bien plus loin en proposant à des hommes et à des femmes de monnayer leurs temps avec des clients potentiels situés à proximité grâce à la géolocalisation, comme Uber. Après s’être enregistré, ces derniers indiquent sur le site leur numéro de portable, le lieu où ils se trouvent, l’heure à laquelle ils veulent se détendre. Ce n'est qu'après cet échange que les deux personnes évoqueront entre elles le tarif.

Des données, qu’au passage, les créateurs d'Ohlala vont devoir protéger correctement, s'ils veulent éviter de se retrouver dans la même situation que les éditeurs du site Ashley Madison dont les données des clients ont été pillées il y a quelques jours.

Pia Victoria Poppenreiter (PDG) et le Dr. Torsten Stüber (CTO) lancent les tests d'Ohlala à Berlin.
Pia Victoria Poppenreiter (PDG) et le Dr. Torsten Stüber (CTO) lancent les tests d'Ohlala à Berlin. © Capture site Ohlala

La question financière reste un point sur lequel les dirigeants restent discrets. Ils indiquent que le service est gratuit pour les clients, mais qu'en est-il pour les prestataires? Vont-ils leur demander une commission? Délicat car sur ce point, la législation allemande est très claire. Elle réprime ceux qui se rémunère en organisant des rendez-vous sexuels rémunérés. Par contre, elle ne peut pas réprimer le fait de mettre en relation deux personnes qui, une fois en contact, sont libres de faire ce qu'elles veulent. Diner ou plus, si affinités...

Mais la question reste sensible et Pia Poppenreiter, la dirigeante d'Ohlala, y a répondu assez vaguement. "Nous cherchons pas à monétiser pour l'instant. Mais nous avons des investisseurs qui croient en notre projet. Lors de cette période de test, nous allons étudier l'usage du service pour mettre au point un modèle d'affaires dès 2016."

Une service légal en Allemagne, mais en France...

Pour le moment, Ohlala est accessible par Internet. Mais le service devrait aussi être optimisé pour les smartphones et les tablettes avec une application dédiée. Les deux créateurs l'ont soumise à Apple et Google. Sur Android, a priori, pas de problème, mais chez Apple, le services de validation risquent fort de tiquer en découvrant le clair objet d'Ohlala.

Pourtant en Allemagne, ce service de mise en relation entre "escort" (terme préféré à prostitués) et clients est parfaitement légal. Le pays a une approche du sujet plutôt pragmatique. Mieux vaut organiser les choses plutôt qu’elle se fassent dans la clandestinité. C’est pour cela que les maisons closes ont pignon sur rue. Et peuvent même faire de la publicité sur les autobus ou sur les panneaux d’affichage. Et que le gouvernement allemand travaille à une loi pour mieux encadrer cette profession qu’on appelle outre-rhin Sexarbeiter : travailleur du sexe. Mais en France, les choses sont plus strictes.

Le site SugarDaddy - nom qui évoque ces hommes d’âge murs et aisés qui entretiennent matériellement des femmes jeunes et moins fortunées - propose en France un service équivalent sans la géolocalisation. En 2014, après 4 années d’existence, une plainte à Paris pour proxénétisme en bande organisée a été déposée par l’association "Action contre le proxénétisme". Plus d’un an après, l’affaire reste au point mort, comme nous l’a précisé Elda Carly, présidente de l’association. "Nous attendons toujours un retour du tribunal qui nous demande d’avancer plus de preuves d’activités illicites."

Ohlala ne compte pas traverser le Rhin. En tous cas, pour le moment. Le site est testé exclusivement à Berlin. Mais comme nous l'a dévoilé Pia Poppenreiter, "le développement dans d'autres pays démarrera l'année prochaine" sans toutefois préciser si la France est concernée.

Pierre Kupferman et Pascal Samama