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Bouygues Telecom-Orange: Free et SFR s'invitent dans les négociations

Une annonce est attendue d'ici mi-février

Une annonce est attendue d'ici mi-février - Eric Piermont AFP

L'opérateur historique doit impérativement trouver un accord avec ses deux concurrents s'il veut obtenir un feu vert de l'Autorité de la Concurrence. Mais le dépeçage de Bouygues Telecom pose des casse-tête. Que faire notamment de la clientèle entreprise?

Lors de ses vœux il y a deux semaines, Stéphane Richard, le PDG d’Orange estimait que le rachat de Bouygues Telecom avait "une chance sur deux" d’aboutir. Depuis, les discussions ont avancé à un rythme soutenu. Stéphane Richard et Martin Bouygues sont déterminés à aller jusqu’au bout. Selon un négociateur, il y a aujourd’hui environ 80% de chances que l’issue des négociations soit positive, avec l’objectif d’une annonce officielle avant la publication des résultats annuels d’Orange prévue le 16 février.

Néanmoins, les obstacles à franchir sont encore nombreux, car les discussions dépassent les deux seuls opérateurs concernés, à cause des questions de concurrence. Pour obtenir le feu vert du gendarme de la concurrence, Orange devra en effet s’engager à revendre une partie importante des actifs de Bouygues Telecom.

D’ores et déjà, des discussions informelles ont commencé avec l’Autorité de la concurrence. Ainsi, Martin Bouygues et Pierre Louette, le DG délégué d’Orange, sont récemment allés plaider leur cause auprès de Bruno Lasserre, le président de l’Autorité. "Orange pourrait encore lâcher l’affaire s’il ne peut presque rien conserver de sa proie", croit savoir un connaisseur du dossier.

Moitié moitié

Au total, Orange espère retirer environ 5 milliards d’euros de ces cessions, soit à peu près la moitié de la valorisation de Bouygues Telecom (10 milliards d'euros, si l'on se cale sur celle de l'offre faite en vain par SFR à l'été 2015).

Ces actifs seront, pour l'essentiel, revendus à Free et SFR, qui participent donc désormais aux négociations. Ces deux concurrents savent que l’opération ne pourra se faire sans leur accord. C’est donc une partie de poker menteur à quatre qui est engagée. Des négociations très difficiles, avec des enjeux d’ego qui viennent tout compliquer.

Quid de l'activité entreprise?

Concrètement, Orange devrait conserver les clients de Bouygues Telecom dont les factures mensuelles sont les plus élevées, autrement dit ceux qui valent le plus, même si leur nombre n'est pas très important. De quoi renforcer l'opérateur historique sans trop accroître sa part de marché (calculée en volume et non en valeur). En revanche, l'ex-France Télécom devrait se débarrasser de l'essentiel des fréquences, du réseau, des 600 boutiques et de l'activité entreprise de Bouygues Telecom.

Cette dernière activité pose un problème épineux. De fait, Orange ne peut en aucun cas conserver la clientèle entreprise (1,7 million de clients) car il est déjà en position dominante sur ce marché. Mais SFR peut difficilement la reprendre car cela créerait un duopole. Le morceau (valorisé à près de 1 milliard d'euros) paraît un peu gros pour des opérateurs mobiles virtuels comme Coriolis ou le nouveau venu Kosc. Resterait donc Free, mais ce dernier a, jusqu'à présent, été totalement absent du marché BtoB, qui nécessite un important service client.

Autre casse tête: que faire de l'accord de partage de réseau entre SFR et Bouygues Telecom? Certes, cet accord commence à peine à être appliqué, et peut donc facilement être débouclé d'un point de vue opérationnel. Mais "juridiquement, il ne prévoit aucune clause de sortie", assure l'une des parties. 

Quel avenir pour les salariés?

Autant de questions qui résonnent aussi en interne dans les entreprises concernées. Si la décision finale revient évidemment à Stéphane Richard et Martin Bouygues, les baronnies -notamment chez Orange- s’agitent. Entre les responsables des fréquences, des clients, des boutiques, des infrastructures, chacun a son avis sur le bon déroulement des opérations.

Il faut dire que ce rachat aurait évidemment de lourdes conséquences sur les salariés des entreprises concernées. Ainsi, certains s’inquiètent chez Orange de voir arriver des managers de chez Bouygues Telecom. Quant aux 7.500 salariés de Bouygues Télécom, ils devront être replacés soit chez Orange, soit chez Free ou SFR, en fonction des ventes d’actifs.

Le gouvernement ne veut pas de casse sociale et Orange s’est engagé sur ce point. Avec des cultures d’entreprise bien différentes entre les opérateurs, ces mouvements alimentent les inquiétudes en interne.

Plusieurs négociateurs concluent à l'unisson: "il y a certes des obstacles, mais ils ne pèsent pas grand chose en comparaison des immenses avantages de l'opération, qui fait que tout le monde veut aboutir". 

Simon Tenenbaum et Jamal Henni