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Bouygues Télécom malmène Iliad en Bourse

Martin Bouygues, le PDG de Bouygues ce mercredi 26 février, lors de la publicationn des résultats de son groupe.

Martin Bouygues, le PDG de Bouygues ce mercredi 26 février, lors de la publicationn des résultats de son groupe. - -

A la mi-séance, la maison-mère de Free dégringolait de plus de 7%, après que Bouygues Télécom a annoncé une offre triple play pour l'internet fixe à un prix inédit. La filiale de Bouygues a toutefois pris un gros risque financier.

Martin Bouygues arrive au résultat escompté. Ce mercredi 26 février, Bouygues Télécom a annoncé une offre triple play sur l'internet fixe à 19,99 euros, soit 12 euros de moins que son offre actuelle. Olivier Roussat, PDG de Bouygues Telecom avait bien prévenu que ces tarifs feront économiser "12 euros par mois au consommateur".

Effet collatéral de cette annonce, Iliad, la maison-mère de Free, chutait en Bourse. A la mi-séance, le titre perdait plus de 7% (7,22% à 13h12).

Une chute bien plus forte que celle des autres opérateurs télécoms, Orange ne cédant que 2,65% et Vivendi, maison-mère de SFR, perdant 1,31%.

Des marges menacées

L'explication est que les marges d'Iliad dans l'internet fixe risquent de souffrir de l'offre lancée par Bouygues.

Dans une interview accordée au Figaro du 20 décembre dernier, Martin Bouygues, PDG du groupe, avait explicitement déclaré la guerre des prix sur l'internet fixe, rappelant au passage que les marges d'Iliad sur ce segment atteignent 40% quand celles de Bouygues sont inférieures à 20%.

"Suicide financier"

De son côté, l'action Bouygues progressait légèrement de manière assez surprenante. En effet, cette importante baisse de prix aura un impact financier important sur sa filiale télécoms. D'autant que cette baisse s'appliquera aux nouveaux clients, comme aux clients déjà existants qui en feront la demande. 

Selon Oddo, sur les 2 millions de clients haut débit, les trois quarts bénéficient d'une offre quadruple play (incluant le téléphone mobile) dont le prix ne baisse pas. Seul un quart des clients pourrait donc bénéficier de cette baisse de 12 euros, ce qui représente un manque à gagner de 72 millions d'euros par an. Rappelons que les revenus dans le fixe se sont élevés à 820 millons d'euros en 2013.

Cette baisse de 12 euros avait été envisagée en janvier par les analystes d'Exane, qui prédisaient que ce serait "un suicide financier". Selon eux, "une baisse aussi radicale cannibaliserait significativement le chiffre d'affaires dans le fixe, et donc la rentabilité déjà basse".

Précisément, Exane estimait que l'offre à 19,99 euros dégagerait une marge directe négative de -5,1 euros, et que l'offre à 25,99 euros (qui inclut les appels vers les mobiles) aurait une marge nulle.

Objectifs obscurs

Les observateurs ont du mal à voir où veut en venir Martin Bouygues avec cette baisse de prix: "en toute logique, son objectif devrait être de restaurer la rentabilité de Bouygues Telecom, or cette baisse de prix va en sens opposé. Si son objectif est que Free mette un genoux à terre, cela ne suffira pas. Enfin, si son objectif est d'attirer l'attention des pouvoirs publics, il peut y arriver, mais que pourront bien faire les pouvoirs publics pour sauver Bouygues Telecom?"

Reste donc une dernière hypothèse: faire baisser la capitalisation boursière d'Iliad afin d'obtenir un ratio plus favorable en cas de fusion en actions...

Mise à jour jeudi 27 février: l'estimation de l'impact financier a été corrigé

Julien Marion et Jamal Henni