BFM Business

Avant eBay et Paypal, ces autres entreprises qui ont préféré divorcer

Le mariage entre eBay et Paypal aura duré 13 ans.

Le mariage entre eBay et Paypal aura duré 13 ans. - Getty Images

Alors que l’entrée en bourse de Paypal comme une société indépendante marque la fin de 13 ans de vie commune, retour sur six exemples de divorces qui ont marqué l’histoire du business.

Ebay et Paypal c'est fini. Le mariage entre le géant américain de la vente de particulier à particulier et le spécialiste du paiement en ligne pionnier de la fintec s'est achevé hier avec l'introduction en bourse de ce dernier. 13 ans de mariage qui se conclut par un divorce à l'amiable qui devrait permettre à Paypal de se développer sur les nouvelles technologies comme le paiement mobile alors qu'il semble accuser un retard en la matière sur ces principaux rivaux que sont Apple, Google ou encore Samsung.

Car si les fusions permettent souvent aux entreprises de mettre leur force en commun afin de générer de la croissance supplémentaire (le fameux "1+1=3"), il arrive aussi que certaines alliances dite de "la carpe et du lapin" freinent les deux entités qui préfèrent retrouver leur liberté afin de gagner en agilité et donc en performance. C'est le cas des sociétés suivantes qui ont opté pour la "spin-off" et qui ont satisfait à l'adage selon lequel un bon divorce vaut mieux qu'un mauvais mariage.

1997 : Pepsi se sépare de Pizza Hut, KFC et Taco Bell 

L'histoire: Le divorce des challengers de la "mal-bouffe". Pepsi est l’éternel outsider de Coca dans les boissons et sa branche fast-food qui comprend les restaurants Pizza Hut, KFC et Taco Bell n’a pas autant de mordant que McDo. En 1997, le conseil d’administration du groupe PepsiCo comprend qu’être gros est inutile si on est leader sur rien. La société se défait donc de ses activités fast-food rachetées en 1977 pour 1,2 milliard de dollars.

Le bilan: Le groupe Yum ! Brands qui réunit les trois enseignes de restauration rapide profite des déboires de McDonald’s depuis quelques années pour devenir le leader mondial du secteur. Quant à Pepsi, s’il ne fait toujours pas jeu égal avec Coca, il s’est concentré avec succès dans le snacking (Doritos, Lay’s…) et vient d’enchainer plusieurs années de croissance ininterrompue.

2007: Philip Morris donne son indépendance à Kraft Foods

L'histoire: "Manger, fumer". On a connu meilleure feuille de route. Telles étaient pourtant les deux activités du géant américain Philip Morris avait un pied dans le tabac (Philip Morris, Marlboro...) et un autre dans l'alimentaire (Maxwell, Milka, Toblerone, Carte Noire...). Deux activités pas vraiment complémentaires surtout à l'heure des grands procès: anti-tabac d'un côté, anti-mal-bouffe de l'autre. Mieux valait mener chacun les combats de son côté et se séparer pour ne pas brouiller son image. C'est ce que décide l'américain en 2007.

Le bilan: Depuis le groupe Kraft a continuer à se développer en avalant en 2009 au terme d'une longue bataille financière le britannique Cadbury avant de divorcer à son tour de son activité snacking/biscuit rebaptisé Mondelez. Cette année Kraft s'est même remarié avec les ketchups Heinz.

De son côté, le cigarettier rebaptisé Altria a eu les mains libres pour effectuer de nombreuses opérations de croissance externe en rachetant le fabricant de cigares John Middleton, ainsi que le groupe UST, comprenant le fabricant de tabac à mâcher Smokeless Tobacco Company et le vin Ste-Michelle Wine Estates, pour 10,4 milliards de dollars.

2009: AOL/Time Warner, fusion du siècle, divorce discret

L'histoire: 180 milliards de dollars! C'est le prix payé en 2000 par AOL pour s'offrir Time Warner. La fusion de la nouvelle (internet) et de l'ancienne (les médias) économie. Un mariage qui sera un fiasco intégral. Explosion de la bulle internet, concurrence des nouveaux acteurs du web (Google), échecs à l'international... En 2002, les pertes du groupe atteignent les 100 milliards de dolalrs. L'acquéreur officiel AOL traverse les années 2000 comme une lente descente aux enfers et plombe l'activité de Time-Warner qui sans lui s'en sortirait beaucoup mieux. Les deux entités mettront neuf ans à en convenir et se séparent en 2009.

Le bilan: Tombé dans le quasi-anonymat AOL a été racheté en début d'année par l'opérateur américain Verizon (pour tout de même 4,4 milliards de dollars) et Time-Warner s'est séparé de sa branche magazine (le fameux Time) et s'est recentré avec succès sur le contenu audio-visuel.

2010: Ford quitte a contre-coeur la belle suédoise Volvo 

L'histoire: Fin 1999, l'américain Ford, constructeur généraliste, rêve de devenir un leader mondial dans le haut de gamme bien plus lucratif. Il constitue un pôle "luxe" avec Aston Martin, Land Rover, Jaguar et le joyau de la couronne suédoise Volvo. Si la sauce prend un temps, Ford est rattrapé par la crise qui secoue les constructeurs américains automobiles. Plombé par une dette abyssale de 32 milliards de dollars, le géant américain doit se séparer en 2010 de la petite suédoise, qui accuse, elle aussi, de sérieuses pertes depuis 2005.

Le bilan: Racheté par le chinois Geely, Volvo n'a jamais vendu autant d'automobiles qu'en 2014 et progresse fortement sur les marchés chinois et américains. Ford qui, contrairement à General Motors, a refusé l'aide de l'Etat américain a fortement réduit sa dette et réussi à se relancer aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Il nourrit désormais ses ambitions dans le haut de gamme sous sa propre marque (une Vignale Mondeo à 40.000 euros vient d'être présentée par le constructeur).

2011: Sony Ericsson, le smartphone a eu raison du mariage nippo-suédois 

L'histoire: Le meilleur de l'électronique Sony avec l'expertise mobile d'Ericsson. Sur le papier, ce mariage en 2001 entre le japonais et le suédois avait tout pour réussir. Et il réussira d'ailleurs... jusqu'à l'arrivée de l'iPhone en 2008. La co-entreprise qui réussit jusqu'alors bien avec ses téléphones multimédia n'anticipe pas la révolution smartphone et se voit dépasser par Apple, Samsung ou encore LG. Ericsson qui veut se recentrer sur le BtoB cède ses parts à Sony en 2011 qui rebaptise l'activité Sony Mobile.

Le bilan: Premier équipementier mondial, Ericsson a épongé ses pertes et s'est même relancé en devenant un des acteurs les plus en pointe sur la future 5G. Sony quant à lui connait des hauts et des bas dans le smartphone où il peine à jouer les premiers rôles dans le haut de gamme.

2013: Fnac: Quand PPR veut réveiller sa belle endormie en bourse

L'histoire: Un géant de la distribution grand public. Voilà l'objectif de PPR (aujourd'hui Kering mais à l'époque Pinault-Printemps-Redoute) en 1994 lorsqu'il rachète la même année la Redoute, la Fnac avant quelques années plus tard de mettre la main sur Surcouf. Des rachats successifs qui s'avéreront bien moins lucratifs que ceux de la branche luxe du groupe. Surtout à partir des années 2000 où la concurrence d'internet et des pure-players fait souffrir toutes les enseignes. Si la Fnac s'en sort un peu mieux que les autres, c'est un groupe en panne que PPR se résout à introduire en bourse en 2013 faute d'acquéreur.

Le bilan: Pour la Fnac c'est une renaissance quasi-inespérée. Certes la croissance est encore timide mais elle est de retour grâce notamment à une ambitieuse politique menée dans le e-commerce et la quête de relais de croissance avec de nouveaux formats de magasins et de nouveaux produits (objets connectés, design...). Quant à Kering, il se concentre désormais sur le luxe et multiplie les rachats de créateurs.

Frédéric Bianchi