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Ariane: la France et l’Allemagne s’opposent aussi sur le spatial

Un lanceur Ariane 5 exposé au salon aéronautique du Bourget en juin 2011.

Un lanceur Ariane 5 exposé au salon aéronautique du Bourget en juin 2011. - -

Les Etats membres de l’Agence spatiale européenne discuteront les 20 et 21 novembre de l’avenir des programmes spatiaux européens. Sur ce thème aussi, les visions de Paris et de Berlin divergent.

Faut-il abandonner l’exploration de l’espace pour se concentrer sur la rentabilité ou miser sur le prestige et des retombées à long terme? La décision devrait être prise à l’occasion du Conseil ministériel des vingt Etats membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui se tient mardi et mercredi à Naples.

Les deux plus gros contributeurs de l’ESA ont déjà fait part de leurs divergences. L’Allemagne prône la solution la moins coûteuse et la plus efficace à court terme, la France veut encourager l’innovation. En jeu: le déblocage de douze milliards d'euros sur trois ans pour l’ESA.

6,5 milliards d'euros de budget annuel pour l'ESA

Pour préparer l’avenir, l'Europe doit choisir entre le développement d'une nouvelle génération de lanceurs de satellites, Ariane 6, ou une évolution de l'actuel, Ariane 5. La modernisation de la version actuelle devra donner naissance à une fusée lourde, capable d’envoyer des satellites plus gros, et de participer à l’exploration de l’espace. La nouvelle génération de fusée serait à l’inverse moins puissante, pratique en ce qu’elle enverrait toujours des satellites dans l’espace, mais moins prestigieuse car elle ne permettrait pas d’explorer l’univers.

Paris ne souhaite pas choisir entre les deux. Le gouvernement français espère convaincre ses partenaires d’engager dès à présent le développement d’Ariane 6 et de mener en parallèle l’amélioration d’Ariane 5. La France estime que des synergies seront ainsi possibles avec le successeur du lanceur qui pourra bénéficier des avancées technologiques d’Ariane 5 ME (pour "mid-life evolution").

Du côté de Berlin, on préfère une option moins ambitieuse, mais plus rapidement opérationnelle et moins coûteuse : celle de l'Ariane 5 ME. Il faut dire que la modernisation du lanceur européen actuel ne coûterait "que" deux milliards d’euros, contre le double pour Ariane 6.

Pour la France, les retours sur investissements amortissent largement la dépense publique nécessaire pour conserver un accès indépendant à l’espace. Certes le budget annuel de l'industrie spatiale en Europe est actuellement de 6,5 milliards d'euros. Mais cette industrie a créé 35 000 emplois directs, dont une grande part de très qualifiés. L’Hexagone en est d’ailleurs le premier bénéficiaire avec un tiers de ces emplois sur son sol. 

Paris récupère par ailleurs la moitié du chiffre d'affaire généré par le lancement de satellites pour des pays qui n'ont pas les moyens techniques de le faire eux-même. Une manne de 6,3 milliards d’euros pour l’industrie spatiale européenne, qui contrôle 40% du marché mondial.

Nina Godart