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Ryad Boulanouar : « Je crois que la création est une drogue »

Ryad Boulanouar, cofondateur du Compte Nickel, lance une émission-web, qui vise à aider les entrepreneurs

Ryad Boulanouar, cofondateur du Compte Nickel, lance une émission-web, qui vise à aider les entrepreneurs - -

Entrepreneur à succès, mais discret, cofondateur du Compte Nickel, Ryad Boulanouar lance une émission sur le web pour aider ceux qui tentent de créer une entreprise : « La Méthode Boulanouar »*. Avant le lancement du programme, nous l’avons rencontré dans ses locaux du 11ème arrondissement de Paris. Portrait.

« Ils se marrent bien les producteurs de l’émission ! Je ne sais pas ce qui m’a pris… Je suis là, alors que je pourrais être sur un yacht à manger des langoustes ou en train de nager avec des dauphins… » Ryad Boulanouar se prend la tête entre les mains, rieur. Il ne pense pas un mot de ce qu’il vient de dire (un week-end sur un yacht, il a déjà fait, mais « ce n’est pas [son] truc ».) Vêtu d’une parka et de chaussures de marche, une cigarette et son smartphone à la main, il nous reçoit dans une jolie cour pavée du 11ème arrondissement de Paris. Il y a une éclaircie après une matinée de pluie, alors plutôt que de monter dans les bureaux, on s’installe dehors, sous les arbres, autour d’une petite table de jardin mouillée.

À bientôt 45 ans, avec une carrière déjà bien remplie, Ryad Boulanouar se lance un nouveau défi. « Je crois que c’est une drogue, la création ! », tente, en guise d’explication, cet ingénieur de formation, qui a fait fortune au gré de plusieurs projets. Cette fois, il devient présentateur et producteur d’une émission sur le web, qui vise à encourager l’entreprenariat. Dans ce programme imaginé avec le journaliste Mouloud Achour, il va conseiller une cinquantaine d’entrepreneurs pour leur mettre le pied à l’étrier. « Quand vous avez réussi, cela vous donne une forme de responsabilité », lance Ryad Boulanouar, en vous fixant droit dans les yeux. Il parle vite, avec conviction, et il « espère vraiment aider les gens », d’où qu’ils viennent, en leur donnant les clefs. « On n’apprend pas à entreprendre à l’école », assène-t-il. Et il s’estime d’autant mieux placé pour aider les autres, que lui-même, au début, a fait « toutes les conneries possibles. » Il plisse les yeux en riant, bascule au fond de sa chaise.

« Soit on me présente en Cosette, soit en multimillionnaire »

Pas mal de choses ont été écrites sur son parcours. « Soit on me présente en Cosette, soit en multimillionnaire businessman. » En fait, ce passionné d’électronique (à dix ans, il faisait « des décodeurs Canal pirates » à la maison), a grandi dans une famille modeste, dans un pavillon d’Alfortville (Val-de-Marne). Son père, après avoir été journaliste, a fait plusieurs petits boulots, sur les marchés, pour des déménagements… Il était « très exigeant » par rapport à la scolarité de ses enfants, raconte Ryad Boulanouar : « Il nous a poussés à toujours faire mieux et à nous débarrasser de nos complexes, expliquant que les limites qu’on avait étaient celles que l’on se mettait nous-mêmes. »

Très bon élève au collège, un brin provocateur, plus à l’aise au fond de la classe qu’au premier rang, Ryad Boulanouar intègre un bon lycée, mais il doit se mettre au travail pour se mettre au niveau des autres. Un bac S en poche, il « oublie » de s’inscrire dans les écoles et atterrit à l’IUT de Créteil, grâce à sa maman, qui y travaille. Puis il fait l’INSA, à Rennes, dont il ressort ingénieur en électronique, spécialité intelligence artificielle. « J’avais 20 de moyenne, se rappelle-t-il, c’était le truc qui me fascinait ! »

« Patience, persévérance, audace »

Il commence sa carrière en travaillant sur le Pass Navigo pour la SNCF, la poursuit dans une société de services, participe notamment à la conception du portefeuille électronique Monéo… et à 27 ans, il décide de lancer sa propre boîte, avec deux autres personnes, « sans clients, sans exactement savoir ce qu’on allait faire ni ce qu’on allait vendre » ... Le contre-exemple parfait. Il part dans un éclat de rire. « Au bout d’un an, raconte-t-il, les autres se sont trouvés un poste ailleurs et je me suis retrouvé tout seul… Alors, j’ai fait ce que je savais faire, du développement informatique. » Il signe un premier contrat à 10 000 euros, qu’il honore du mieux possible, puis d’autres, de plus en plus gros… C’est « ce petit chemin initiatique qu’il faut comprendre », dit-il posément… « les gens ne vont pas affluer du jour au lendemain parce que vous montez une boîte. » Il faut « de la patience », « de la persévérance » et « de l’audace ».

Toujours enfoncé dans sa chaise de jardin, Ryad Boulanouar poursuit de bon cœur le récit de son parcours : « Ma première fortune, je l’ai faite dans la téléphonie. » Il invente un produit qui permet de remplacer les cartes prépayées mobiles, à gratter, en tickets à imprimer avec un code… « On dématérialisait, on digitalisait », explique-t-il, « la seule information essentielle c’était le code qui permettait de recharger et de pouvoir téléphoner. J’avais mis une solution un peu clef en main, chez le commerçant. Je lui mettais le programme et il était capable de vendre des codes. » Mais à l’époque, raconte-t-il, les grands opérateurs français n’ont pas voulu en entendre parler. Ce n’est que cinq ans plus tard, quand il a vendu son produit dans 35 pays, qu’ils ont changé d’avis.

« Je ne me sens pas supérieur parce que j’ai réussi, pas inférieur non plus »

Plus récemment Ryad Boulanouar a cofondé le Compte Nickel, service bancaire alternatif, qui propose à tout un chacun d’ouvrir un compte dans un bureau de tabac, sans condition de revenus et sans possibilité de découvert, ni de crédit. Racheté l’an dernier par BNP Paribas, le Compte Nickel vient de dépasser le cap du million de clients. « Think big », lui a dit un jour une responsable de chez Google. Cette remarque a marqué l’entrepreneur, qui regrette qu’en France, on soit frileux et qu’on envie le succès. « Je ne me sens pas supérieur parce que j’ai réussi, dit-il, mais pas inférieur non plus. »

« En colère » contre la France, en 2005, il décide d’aller habiter avec sa famille en Belgique, d’où vient sa femme, sur un coup de tête : « J’avais revendu ma première boîte de téléphonie, je venais de payer près d’1,5 millions d’euros d’impôts en France et je ne trouvais pas de place en crèche, on me disait : il faut du piston… J’en ai eu marre. » Ryad Boulanouar ne supporte plus le climat qui règne en France, notamment autour des questions d’immigration. « Je n’avais pas envie d’élever mes gosses dans cet état d’esprit, où l’on vous dit que vous êtes différent… »

Récemment séparé de la mère de ses deux filles, de 12 et 16 ans, et conscient qu’il va devoir « mouiller la chemise pendant un petit peu de temps » pour sa nouvelle émission, il projette de revenir vivre à Alfortville, près de chez sa sœur et de chez sa maman. Il sourit : « On revient toujours aux réflexes de son enfance.»

« J’ai un culte du résultat »

La France reste son pays de cœur. Il trouve que le climat s’y est « un peu apaisé » et qu’il y a des espoirs politiques. « L’impulsion est bonne, note-t-il, mais il y a du boulot partout… » Et d’après lui, « ce ne sont pas Macron et ses trente mecs, aussi brillants soient-ils, qui vont redresser un pays de 66 millions d’habitants ! » Ryad Boulanouar préconise des initiatives individuelles, mises ensemble. Il parle avec passion, cite Coluche… On lui demande s’il ne veut pas faire de la politique. Il répond qu’il a été approché plusieurs fois mais que ce n’est pas pour lui. « Moi je suis un ingénieur », résume-t-il : « Un problème = une solution. » La politique, cela ne vas pas assez vite pour lui : « Je suis quelqu’un d’impatient », confie-t-il. « Ce n’est pas toujours facile de bosser avec moi. J’ai un culte du résultat. » Comme son père l’a été avec lui, il se dit « super exigeant ».

Son nouveau projet professionnel, sur lequel il travaille depuis plus d’un an, aussi altruiste soit-il, est donc bien ficelé : « Je ne peux pas aider les entrepreneurs sans un modèle économique qui marche », explique Ryad Boulanouar. Pour compenser le million d’euros qu’il a prévu d’investir, il va sortir pour Noël un livre, « La Méthode Boulanouar », et il va produire des contenus digitaux payants en plus de l’émission-web. Et comme toujours, fidèle aux valeurs inculquées par son père, il ne compte pas s’arrêter là. Il veut développer le modèle, au-delà de ce programme, pour aider un maximum d’entrepreneurs. Bienveillant, mais exigeant. « Drogué » à la création.

*Le dimanche, à 19h50, sur la chaîne Youtube de La méthode Boulanouar

PAULINE TATTEVIN