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Les prisons françaises, lieu "d'ennui mortel", selon un rapport

Dans la prison de Saint-Martin-de-Ré, sur l'île de Ré. Les prisons françaises sont vivement critiqués dans le rapport annuel du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, en raison notamment du manque d'activités proposées a

Dans la prison de Saint-Martin-de-Ré, sur l'île de Ré. Les prisons françaises sont vivement critiqués dans le rapport annuel du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, en raison notamment du manque d'activités proposées a - -

par Thierry Lévêque PARIS - Les prisons françaises et les lieux de privation de liberté en général sont vivement critiqués dans un rapport...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Les prisons françaises et les lieux de privation de liberté en général sont vivement critiqués dans un rapport indépendant publié mercredi, en raison notamment du manque d'activités proposées aux détenus.

Dans son rapport annuel, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, souligne que ce problème s'aggrave dans les prisons les plus récentes, où l'importance donnée à la sécurité entrave les déplacements.

"Les activités concernent des minorités favorisées. Tous les autres sont là à s'ennuyer à mourir", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, dressant un constat pessimiste.

Ce phénomène, aussi rencontré en hôpital psychiatrique ou en rétention pour les étrangers expulsables, favorise la violence et la récidive des détenus à leur sortie, dit-il.

Les 191 prisons françaises sont depuis plusieurs années régulièrement critiquées en raison de leur surpopulation (61.363 détenus au 1er février pour 55.293 places), leur vétusté fréquente, voire leur saleté, et un fonctionnement inadéquat vu comme à l'origine d'un nombre de suicides record en Europe - 115 en 2009 et une vingtaine depuis début 2010.

Jean-Marie Delarue, sur la base d'environ 200 visites de lieux de détention en 2009, souligne un problème de philosophie de la prison, où l'activité des détenus est vue comme subalterne ou encombrante, alors qu'elle devrait être un principe.

"L'activité ne doit plus être pensée comme l'occupation des favorisés de la prison ou de l'hôpital, mais comme un élément consubstantiel aux soins ou à l'exécution de la peine", lit-on dans le rapport.

PEU DE TRAVAIL, MAL PAYÉ

La proportion de détenus occupant un emploi en prison est faible - elle varie de 9% à Tours à 35% à Belfort -, ce qui ne suffit pas à satisfaire la demande, constate le rapport.

Les rémunérations consenties par les entreprises contractuelles, mal encadrées, sont souvent, elles aussi, très faibles. A la Santé à Paris, on paie ainsi 32 euros le pliage de mille brochures, qui nécessite trois jours. La rémunération horaire moyenne est de 4,27 euros à Gradignan.

La formation professionnelle est à l'avenant. Elle ne concerne par exemple que 5% des détenus de Bayonne et 11% à Saint-Martin-de-Ré. Aucune évaluation des formations n'est réalisée une fois les détenus libérés, constate le Contrôleur.

Concernant l'enseignement, des listes d'attente existent dans de nombreux établissements. Les mouvements nécessaires dans les prisons amènent une perte de temps importante.

Jean-Marie Delarue a lancé un avertissement au gouvernement concernant les nouvelles prisons ouvertes depuis 2002 dans le cadre d'un programme de 13.000 places, à Mont-de-Marsan (Landes) Saint-Denis-de-la-Réunion, Roanne et Corbas (Rhône), Nancy Poitiers, Béziers, Le Mans, Bourg-en-Bresse.

En raison des contrôles internes, entre un quart et un tiers des détenus partant pour un rendez-vous médical, une activité, un parloir, n'y arrive jamais, a-t-il estimé.

"On a tout sacrifié à la sécurité et oublié le reste, c'est-à-dire les nécessaires relations humaines", a dit Jean-Marie Delarue aux journalistes.

Il souligne que ces situations amènent des frustrations génératrices de violences et de suicides et appelle le gouvernement à modifier la conception des futures prisons. Un document écrit sera envoyé au ministère de la Justice.

Jean-Marie Delarue a aussi émis des réserves sur le recours à des groupes privés comme Bouygues pour gérer les nouvelles prisons, qui risque d'écarter des intervenants extérieurs et un renchérissement de certains produits.

Il demande enfin de limiter strictement l'installation de vidéosurveillance et de la proscrire dans des lieux tels que les locaux médicaux, les lieux de fouille, les parloirs destinés aux avocats et les pièces destinées aux intervenants extérieurs.

Edité par Gilles Trequesser