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Valorisation des déchets: le BTP peut beaucoup mieux faire

Si les maître d'ouvrage mettaient davantage de coeur à l'ouvrage pour recycler, ça irait mieux.

Si les maître d'ouvrage mettaient davantage de coeur à l'ouvrage pour recycler, ça irait mieux. - Philippe Wojazer - Reuters

Sans dépenser un centime de plus, 80% des déchets du BTP pourraient être recyclés et ne le sont pas, selon un rapport. Ses auteurs reprochent aux maîtres d'ouvrage leur manque d'implication.

Bois, faïence, verre plat, moquette, lampes, PVC, plâtre...: ces déchets produits par les chantiers de démolition ou de réhabilitation sont souvent jetés, alors que 80% d'entre eux pourraient être valorisés sans surcoût, indique un rapport jeudi.

Les déchets de second oeuvre, c'est-à-dire issus de la partie non constitutive d'un bâtiment, représentent "plus de dix millions de tonnes chaque année", rappelle ce texte qui présente les conclusions de Démoclès, un "projet collaboratif" réunissant une quarantaine d'organismes, entreprises, institutionnels et administrations.

Les taux de valorisation de ces déchets "sont faibles: pas plus de 35%", déplore l'étude. Or la loi sur la transition énergétique votée en 2015 "prévoit un objectif de 70% de valorisation des déchets du bâtiment". Et des filières de valorisation existent "dans la majorité des cas". Selon les auteurs de l'étude, menée sur 19 chantiers, il est possible "d'arriver à terme à valoriser sans surcoût jusqu'à 80% des déchets du second oeuvre".

Les maîtres d'ouvrage premiers maillons de la chaîne

Sur les 24 catégories composant ce type de déchets, "15 peuvent bénéficier d'un recyclage", souligne-t-elle. Neuf seulement ne sont donc pas valorisables, comme la tapisserie et le tissu mural, le mâchefer, le polyuréthane ou la brique plâtrière.

Selon l'étude, le faible taux de valorisation s'explique notamment par le manque d'implication des maîtres d'ouvrage et le fait que les déchets sont collectés pêle-mêle dans des bennes. "Une majorité des maîtres d'ouvrage ne se sent pas concernée par la gestion des déchets issus de leurs chantiers", déplore-t-elle. Ils devraient au contraire se considérer comme les premiers maillons de la chaîne afin de mettre en oeuvre "un réel pilotage de la gestion des déchets", avec une préparation en amont et un suivi tout au long du chantier.

Les déchets mélangés se contaminent 

Par ailleurs, "la collecte en mélange" dans une benne "est incompatible avec le recyclage des déchets du second oeuvre", parce qu'elle ne permet pas toujours de conserver leurs caractéristiques techniques, indique l'étude. Les tubes fluorescents, par exemple, vont contaminer, avec le mercure qu'ils contiennent, l'ensemble de la benne. De même, le verre plat, une fois brisé, "devient irrécupérable" et ses brisures vont s'incruster dans les autres matériaux.

Au total, dix des 15 déchets de second oeuvre valorisables devraient être collectés sur les chantiers dans des contenants spécifiques, pour permettre "une valorisation optimale" et "sans surcoût". L'étude préconise aussi de former tous les intervenants à la gestion des déchets, à commencer par les maîtres d'ouvrage, et d'intégrer cette question à la formation initiale notamment des architectes.

N.G. avec AFP