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Salon du Bourget: l'aéronautique entre le marteau et l'enclume

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- - SIAE 2017 - Anthony Guerra & Alex Marc

Le 53e Salon international de l'aéronautique ouvre ce lundi ses portes dans un contexte ou se mêlent urgence climatique et croissance du trafic aérien.

L'industrie aéronautique est sous pression. Elle doit d'un côté composer avec l'urgence climatique, une opinion publique et des gouvernements toujours plus exigeants, et de l'autre, faire face à la forte croissance du trafic aérien. 4,2 milliards de passagers transportés en 2018 et 8,2 milliards d'ici 2037 (IATA). 

Pour limiter l'impact sur l'environnement et tenter d'absorber la croissance du trafic, les industriels n'ont cessé ces dernières années de rendre leurs gammes d'appareils toujours plus performantes: moteurs optimisés, "winglets", innovations dans les peintures, vernis "peau de requin", big data...

A l'occasion du salon, Airbus, selon plusieurs sources, pourrait d'ailleurs officialiser son A321 XLR (Extra Long Range). Une version encore améliorée de son best seller, l'A321. Un avion capable de transporter, à moindre coût jusqu'à 270 passagers entre Paris et Delhi, sans escale. 

"En quelques décennies", explique Xavier Tytelman, expert aérien chez CGI Business Consulting , "nous sommes passés d'une consommation moyenne de 10 litres au 100 km par passager, à 2 litres aujourd’hui". Seulement les améliorations ne se font plus que par petites touches. Le secteur attend sa rupture technologique. 

Avions hybrides et électriques

A l'occasion de ce 53e salon, les avionneurs vont bien sur communiquer sur leurs technologies hybrides et électriques. C'est le cas d'Airbus avec son e-fan x. Un petit avion hybride; propulsion électrique au décollage et à l'atterrissage, carburant conventionnel le reste du temps. Le premier vol de ce démonstrateur est prévu l'an prochain. Pour Guillaume Faury le patron d'Airbus, l'objectif doit être de voler sans aucune émission". 

Un objectif , pour les vols commerciaux, encore lointain, car lié à la révolution des batteries. "Il faudrait 180 tonnes de batteries pour faire voler un A320" expliquait récemment Stéphane Cueille, le directeur R&T et Innovation chez Safran, dans la Nouvelle République.

Mais surtout, avant de développer une nouvelle génération d'avions commerciaux, les industriels souhaitent la mise en place un cadre commun. Le monde s'est mis d'accord pour accepter des standards de sécurité, il faut la même chose pour l'environnement, afin que les industriels soient en concurrence sur des éléments clairs et équitables, expliquait en substance, Guillaume Faury, la semaine dernière à l'occasion du Paris Air Forum.

"Les constructeurs, dont Airbus, doivent sentir qu'il y a un environnement avec un niveau d'incertitude suffisamment bas pour se permettre de parier sur l'avenir" a t'il ajouté.

La nouvelle génération d'avions attendra encore un peu, pour Guillaume Faury "la problématique ne se situe pas en 2019 ou en 2020, mais elle se posera en 2023-2025 si les technologies ne sont toujours pas prêtes."

En attendant, pour limiter les émissions polluantes, le secteur dispose d'autres leviers. En premier lieu, la modernisation de la flotte mondiale, mais aussi l'utilisation accrue de bio carburants, ou encore l'optimisation du trafic aérien et des infrastructures aéroportuaires.

Une taxe plane

Autre dossier qui agite le secteur aéronautique à l'occasion de ce salon, une taxe sur le transport aérien. Samedi, dans le cadre de l'examen du projet de loi mobilités, l'Assemblée Nationale a rejeté une série d'amendements qui prévoyaient diverses mesures pour taxer le transport aérien.

Mais pas de quoi lever toutes les incertitudes car à Bruxelles, le sujet est à l'étude depuis quelques temps: "une taxe kerosen" pourrait rapporter aux états membres selon un rapport, 27 milliards d'euros. Les entreprises s'inquiètent de voir ainsi leur compétitivité dégradée, tout particulièrement les compagnies aériennes. Certaines, comme Air France sont en effet déjà soumises à un système européen de compensation carbone. (EU-ETS)

Un thème, parmi d'autres, au menu hier soir d'un dîner entre le Chef de l'Etat et la filière aéronautique. Si Emmanuel Macron, ces dernières semaines, s'est positionné en faveur d'une taxe, au niveau européen, l'Elysée aujourd'hui va plus loin. "Nous souhaitons aborder le sujet à un niveau plus large que le niveau communautaire" explique une source.