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Quand les fondateurs d'une PME nantaise aident leurs salariés à en devenir propriétaires

Delta Meca a opté pour le statut de Scop en 2015.

Delta Meca a opté pour le statut de Scop en 2015. - Delta Meca

Dès la création de Delta Meca, ses deux fondateurs ont voulu permettre à leurs employés d'autofinancer le rachat de l'entreprise. Cette PME nantaise compte désormais 33 "sociétaires" qui s'impliquent pleinement dans son développement.

A 48 ans, après avoir été chef d'atelier et directeur technique, Christian Caillé s'associe à Mireille Breheret pour fonder une entreprise spécialisée dans l'usinage et la coupe des métaux. Delta Meca voit le jour en 2008 à Couëron, en Loire Atlantique. Ces deux entrepreneurs ont une idée précise de l'avenir de leur société: ils souhaitent que leurs salariés en soient aussi actionnaires et prennent le relais quand eux-mêmes passeront la main. L'objectif est donc de créer une Scop, une société coopérative.

"C'est pour moi une approche pragmatique quand on n'a pas d'héritier particulier. Il faut penser à transmettre l'entreprise pour éviter de gaspiller l'énergie dépensée à la créer et à la développer", avance Christian Caillé. "C'est aussi un enjeu sociétal puisque cela consiste aussi à redonner à la société le coup de main qu'on a reçu", ajoute-t-il. Quand l'entreprise a été créée, dès les premiers entretiens d'embauche il a donc parlé de son projet aux candidats. Tous n'ont pas cru à la réalisation du projet ou n'ont pas vu son intérêt.

95% des effectifs sont sociétaires

Pourtant aujourd'hui les faits sont là: Delta Meca a opté pour le statut de Scop en 2015. L'entreprise, qui affiche un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros, compte 33 employés sociétaires, soit 95% de son effectif. "Nous avons sept apprentis en CDD qui n'ont pas le statut pour entrer dans la coopérative. Il y a aussi deux employés seniors qui n'ont pas voulu y entrer. Mais d'ici un mois, nous devrions avoir cinq ou six sociétaires de plus", raconte le chef d'entreprise.

Pour entrer au capital, les salariés doivent afficher un an d'ancienneté, et comme toute décision prise dans une coopérative, leur entrée doit être validée par les autres membres lors d'un vote. Ils doivent aussi apporter 20.000 euros pour entrer au capital. Une somme importante pour ces salariés qui ont le plus souvent des salaires d'ouvriers. "Nous avons fait un montage financier quasi-indolore pour leur pouvoir d'achat. Chaque année, 80% du montant de la participation est mis de côté afin de réunir la somme nécessaire", explique Christian Caillé. Naturellement, si un salarié dispose des fonds nécessaires il peut aussi les verser directement.

Les futurs PDG et DG sont déjà choisis

En devenant sociétaire, les salariés participent à la gouvernance de l'entreprise, sur le principe d'un vote où chacun dispose d'une voix. Petit à petit ils se sont pris au jeu et s'impliquent dans les divers aspects du développement de la société. "Il y a des commissions sur l'investissement, sur l'aménagement de nouveaux locaux. Un laboratoire d'idées a été mis en place", s'enthousiasme Christian Caillé.

L'autre grand chantier a été de préparer la passation de pouvoir. Christian Caillé et Mireille Breheret ont décidé de céder leur place en 2020. Leurs successeurs sont déjà choisis "Nous avons repéré les deux personnes qui conviendraient à cette mission et vont devenir PDG et DG. Les sociétaires ont approuvé notre choix. Nous les formons donc actuellement à leurs futures responsabilités", détaille le dirigeant.

Mais une fois qu'il aura lâché les rennes, Christian Caillé compte bien continuer à promouvoir les avantages de la Scop. "C'est une grande incompréhension pour moi que cela ne se pratique pas plus, que les chefs d'entreprise ne s'intéressent pas davantage à leur succession".

Et de citer les exemples de plusieurs entreprises de Loire Atlantique dont les dirigeants cherchent désespérément un repreneur, mettant en péril la pérennité de leur entreprise. Alors que le statut de la Scop leur auraient évité ces déboires. Et il le martèle "toutes les entreprises peuvent adopter ce statut, il suffit de mettre en place un plan sur cinq ans". 

Coralie Cathelinais