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Pourquoi le "made in France" fonctionne pour Solex et Matra

Assembler les Solex et les Matra en France est une équation économiquement gagnante pour Easybike.

Assembler les Solex et les Matra en France est une équation économiquement gagnante pour Easybike. - Easybike - Clemeur Studio

Easybike Group, qui détient les deux marques emblématiques de deux-roues, vient d'achever la relocalisation en France de l'assemblage des Solex. Une stratégie économiquement très rationnelle.

Le "made in France" ne convient pas à l'industrie? Ce n'est pas l'avis d'Easybike, le groupe qui détient, outre sa marque éponyme, Solex et Matra. Le leader français du vélo à assistance électrique vient de mettre le point final à son plan de relocalisation en France entamé en 2013. Désormais, tous ses deux-roues sont assemblés à Saint-Lô, son site industriel de la Manche. Une décision très rationnelle économiquement.

Déjà, le groupe fondé en 2005 par Grégory Trebaol, qui a racheté successivement Mobiky en 2013, puis Solex, et enfin Matra en 2014, a largement bénéficié des aides publiques. L'agglomération de Saint-Lô a ainsi investi 2,5 millions d'euros pour l'aider à construire son usine de 4.100 mètres carrés. La Banque publique d'investissement, elle, sur l'impulsion d'Arnaud Montebourg alors ministre du Redressement productif, lui a prêté 1,3 million d'euros, remboursable sans intérêts. Certes, l'opération totale coûtait 10 millions d'euros, affirmait le PDG au journal Le Monde en 2013. Des investisseurs privés ont participé, soulignait-il encore. Des partenaires économiques providentiels parmi lesquels Areva, détenu à 86,5% par l'État.

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- © Easybike - Clemeur Studio

Le pari de la relocalisation pouvait être tenté, aussi, parce que la bicyclette électrique, qui se vend à un prix élevé (au moins 1.500 euros l'unité), ne coûtait pas beaucoup moins cher à produire en Chine. De l'aveu même de Grégory Trebaol, "la différence est de 15 à 20%, ce n'est pas insurmontable". Notamment parce qu'une part importante des composants du Solex électrique -la selle, la fourche, les phares- sont fabriqués en Europe, et que les acheminer jusqu'à l'usine chinoise coûtait cher. Et encore fallait-il que les sous-traitants acceptent d'envoyer leurs produits. Grégory Trebaol racontait par exemple que l'allemand Bosch, qui conçoit selon lui les meilleurs moteurs électriques, refusait de les exporter en Chine. Rentré en France, Solex peut désormais s'équiper auprès de l'Allemand.

Regagner l'Hexagone permet également au groupe d'être beaucoup plus réactif, de ne pas attendre de longues semaines que le cargo aborde, que les containers passent la douane, etc. Parce que si Easybike vend quelques vélos en Chine, ses principaux marchés sont Européens. Et produire en Asie compliquait sa logistique. Pour la distribution, mais aussi et surtout pour le service après-vente. Or sur des deux-roues électriques qui ont besoin d'être entretenus, un SAV peu performant représente un vrai handicap.

"Les pièces fabriquées en Chine n'arrivaient pas assez vite"

Le précédent propriétaire de Solex, le serial entrepreneur Jean-Pierre Bansard, en a fait l'amère l'expérience. Après avoir racheté la marque mythique, en avoir électrifié les modèles et les avoir fait redesigner par Pininfarina, il en a vendu 3.000 exemplaires. Tout le monde pensait que le Solex, dont la production avait cessé depuis 1988, était en train de renaître de ses cendres. Mais immédiatement, les ventes se sont effondrées. En cause: "Les pièces de rechange, fabriquées en Chine, n’arrivaient pas assez vite", expliquait un marchand de vélo parisien à Capital. Grégory Trebaol, lorsqu'il rachètera la marque, retiendra la leçon.

Aujourd'hui, l'usine de Saint-Lô emploie une cinquantaine de personnes, là où seulement 7 y travaillaient du temps de Mobiky. "Il reste certaines pièces difficiles à produire (en France, ndlr), qui ne le sont pas encore. Par exemple, les cadres de nos vélos sont encore étrangers. Mais nous souhaitons qu’ils soient 100% Français au plus vite", déclarait le porte-parole de la marque en 2015. En attendant, 12.500 bicyclettes électriques sont sorties des chaînes de production normandes l'an dernier, dont 3 quarts de Matra. La recette fonctionne: Easybike a vu son chiffre d'affaires augmenter de 30% en 2016, à plus de 10 millions d'euros. Le groupe vise l'équilibre financier avec 4 millions d'euros de ventes en plus en 2017.

Nina Godart