BFM Business

Pourquoi la fusion entre Renault et Fiat-Chrysler a échoué

Fiat Chrysler a retiré son offre de fusion entre égaux avec Renault. Autopsie d’une alliance mort-née en moins de 15 jours.

Renault ne fusionnera pas avec Fiat-Chrysler. Le groupe italo-américain a retiré cette nuit "avec effet immédiat" son offre de fusion entre égaux, rendue publique le 26 mai, qui était en cours d'examen par Renault. Tour d'horizon des différentes raisons qui ont pu faire échouer ce rapprochement qui aurait donné naissance à un nouveau géant mondial de l'automobile. 

  • Le rôle de l’Etat français en question, selon Fiat

Pour les Italiens, la raison de cet échec est identifiée: l’Etat français.

"Il est devenu évident que les conditions politiques en France n’existent pas à l’heure actuelle pour qu’une telle combinaison se déroule avec succès", écrit la direction de Fiat dans son communiqué publiée cette nuit.

Une source proche du constructeur italo-américain ce jeudi matin a été encore plus claire. "La position soudaine et incompréhensible de Bercy" se trouve au coeur de l'échec des discussions, selon elle. "De nouvelles exigences du gouvernement français ont conduit à cette situation dommageable pour toutes les parties", a déclaré cette source à l'AFP.

  • Le manque de garanties apportées par FCA, selon Bruno Le Maire

L'Etat a de son côté écarté les affirmations de Fiat. "La raison pour laquelle ce deal ne s'est pas fait est lié à la préservation de l'alliance entre Renault et Nissan, ça n'a rien à voir (...) avec des interventions politiques", a assuré Bercy lors d'une conférence téléphonique ce jeudi matin avec des journalistes.

Dès le début, le gouvernement avait fixé quatre conditions à une telle fusion. Conditions qui n’ont, selon lui, pas été respectées.

"Un accord avait été trouvé sur trois de ces conditions. Il restait à obtenir un soutien explicite de Nissan. L'Etat a donc souhaité que le Conseil d'administration dispose d'un délai additionnel de 5 jours pour s’assurer du soutien de l’ensemble des parties prenantes", écrit Bercy ce matin dans un communiqué.

Les deux représentants de Nissan se sont d’ailleurs abstenus, lors du conseil d’administration de ce mercredi. Selon Le Point, Martin Vial, le directeur de l'Agence des participations de l'État et Thomas Courbe, directeur général des entreprises, ont eux aussi choisi de ne pas se prononcer. Et ont demandé la tenue d’un nouveau conseil d’administration, le temps de laisser Bruno Le Maire aller au Japon discuter avec le gouvernement japonais. Ce qui a tendu les relations avec FCA, très pressé de signer le deal.

Ce matin sur BFM Business, l’économiste Elie Cohen rappelait d’ailleurs un précédent. En 1993, Renault devait fusionner avec Volvo, et un manque de garanties des Suédois avait fait capoter le deal annoncé.

  • Une négociation qui s'annonçait compliquée avec Nissan

Hiroto Saïkawa, le PDG de Nissan, était sorti de son silence lundi 2 juin, pour évoquer la possible fusion, et l’obligation de revoir le périmètre de son alliance avec Renault dans ce cas. Gérer la fusion avec Fiat, un changement de relations avec Nissan, le partage des technologies comme des lieux de production trop imbriqués entre Français et Japonais, et bientôt Italiens, l’équation s’est avérée trop complexe.

  • Des actionnaires minoritaires pas tous convaincus

Un dernier élément compliquait la tâche de Renault et FCA pour fusionner : il aurait fallu convaincre également les marchés du bien-fondé de l'opération. Or, malgré la hausse des cours de Renault et Fiat, certains actionnaires avaient fait part de leur scepticisme. Par exemple, le fonds activiste Ciam, qui se dit actionnaire de Renault, s'était opposé à l'offre de Fiat-Chrysler, jugeant que Renault était sous-valorisé. "Cette opération profite bien plus à Fiat Chrysler Automobiles qu'à Renault, tant d'un point de vue industriel que d'un point de vue financier", taclait ainsi Catherine Berjal, présidente de Ciam. 

Après l'échec de cette fusion, plusieurs questions restent en suspens. Tout d’abord, celle de l’alliance Renault-Nissan. Les tensions entre les deux partenaires restent prégnantes, et l’épisode FCA n’a fait que renforcer le fossé entre les deux partenaires. Le patron de Renault Jean-Dominique Sénard va devoir aplanir les relations. Se pose également à plus long terme la question de l’Etat, premier actionnaire de Renault. Les 15% détenus par l’agence de participation de l’Etat, comme les doubles droits de vote, sont l’une des raisons des tensions entre Renault et Nissan. Les déclarations de FCA tendent à donner raison au constructeur nippon, et surtout au gouvernement japonais, qui avait vivement critiqué le rôle de l’Etat français.

De l’autre côté des Alpes, Fiat Chrysler risque aussi de tanguer. Le groupe va devoir trouver une autre solution pour développer ses technologies, notamment électriques, comme son implantation en Chine. FCA ne pourra pas tous les ans verser presque 2 milliards d’euros à Tesla pour compenser ses propres émissions de CO2 trop importantes en Europe. Ce revers est surtout l’un des premiers vécus par John Elkann, l’héritier de la famille Agnelli.

Si la direction de Renault risque de se trouver en difficulté, les relations pourraient aussi devenir difficile du coté de Fiat Chrysler où Jeep prend de plus en plus de place.

Pauline Ducamp, avec AFP