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L'industrie spatiale européenne traverse son premier trou d'air depuis 10 ans

L'Europe a envoyé 17 tonnes de satellites en 2017, loin derrière les Etats-Unis et la Chine.

L'Europe a envoyé 17 tonnes de satellites en 2017, loin derrière les Etats-Unis et la Chine. - ESA - AFP

Alors que les Etats-Unis et la Chine affichent un dynamisme sans faille, l'Europe est confrontée à sa première crise depuis dix ans. Même s'il reste à un niveau élevé, le chiffre d'affaires de l'industrie spatiale a enregistré un recul de près de 3% l'année dernière.

L'heure n'est pas à l'euphorie dans le secteur de l'industrie spatiale européenne. L'étude annuelle d'Eurospace, dévoilée par Les Echos, fait état d'un recul du chiffre d'affaires en 2018, une première en dix ans. Le secteur a généré 8,48 milliards d'euros l'année dernière, soit un recul de près 3% par rapport à 2017. Si les commandes institutionnelles de l'Agence spatiale européenne et des armées sont en progression pour atteindre 5,4 milliards d'euros, celles du secteur commercial passent à 3,06 milliards d'euros, soit 500 millions d'euros de moins qu'en 2017.

Or le secteur spatial européen, contrairement à ses homologues américains, russes ou encore chinois, est très dépendant des commandes privées. Elles représentent 40 % de son activité, principalement incarnées par les satellites de télécommunications." Ainsi, la baisse d’activité de quelque 500 millions d’euros équivaut à une perte de chiffre d’affaires de 20% pour les fabricants de satellites : Airbus, Thales Alenia Space ou OHB", font valoir Les Echos.

Dans le détail, les ventes de systèmes complets de satellites en Europe ont reculé de 26% en 2018 et les exportations de 30%.

De sérieux concurrents

Rien ne permet d'affirmer que ce recul est transitoire car cette baisse des commandes s'explique par un changement technologique du mode de consommation des images : la télévision par satellite (broadcast) laisse la place à la vidéo à la demande (broadband). Pour cette dernière, le satellite ne s'est pas encore imposé comme l'outil le plus compétitif par rapport à la fibre ou encore à la 5G. Et les initiatives privées, comme celle d'Elon Musk avec sa constellation broadband starlik ou encore Oneweb, constituent une concurrence sérieuse.

La planche de salut pour le secteur aéronautique européen se trouve dans les commandes institutionnelles, notamment au travers du prochain cadre financier multi-annuel européen. Bruxelles vise une augmentation de son budget spatial, qui passerait de 12 milliards pour 2014-2020 à 16 milliards pour la période 2021-2028.

Des investissements nécessaires pour que l'Europe ne soit pas distancée et conserve son indépendance dans la surveillance de l'espace, les télécoms ou encore l'observation. Car elle doit faire face aux ambitions des Etats-Unis et de la Chine, qui ont envoyé respectivement 90 tonnes et 60 tonnes de satellites et vaisseaux spatiaux l'an passé, contre 17 tonnes pour l'Europe.

D'autant que la concurrence est de plus en plus organisée aux Etats-Unis. Deux mastodontes américains des secteurs de l'aéronautique et de la défense, Raytheon et United Technologies, viennent ainsi d'annoncer un accord de fusion pour créer le deuxième groupe mondial du secteur en matière de valorisation boursière.