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L'étonnant kérosène "vert" fabriqué avec de l'eau qui pourrait bientôt faire voler les avions   

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Lufthansa travaille avec l'université de Brême et le pétrolier Klesch sur un kérosène non fossile capable de réduire de 80% l'empreinte carbone des avions. Ces recherches se basent sur un procédé utilisé par les nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pendant des décennies, les avions ont incarné le progrès, le découverte et les échanges humains ou commerciaux. Depuis, leur image s'est détériorée au point de réclamer la suppression de certains vols, de taxer les voyageurs ou de limiter les voyages.

Culpabilisés, ils sont de plus en plus nombreux à ressentir le flygskam, le terme suédois qui exprime la honte de prendre l'avion. Selon Slate, la Lufthansa compte effacer cette honte d'ici à 5 ans grâce à un "kérosène vert" qui alimentera au départ 5% de sa flotte, soit 18 appareils sur 360. 

Un site de production près de la mer du Nord

Ce procédé n'est pas totalement une nouveauté. Il a été créé en Allemagne dans les années 20 par deux chimistes, Franz G. Fischer et Hans Tropsch et optimisé dans les années 30 par le chimiste Friedrich Bergius -Prix Nobel de chimie en 1931 avec Carl Bosch- pour permettre aux nazis de faire face aux pénuries de carburants. Ils produisaient alors un hydrocarbure synthétique donc sans pétrole à partir de charbon ou de gaz

Pendant la seconde guerre mondiale, il aurait assuré jusqu'à 90% des besoins en carburant de l'armée de l'air, la Luftwaffe. En 1945, les sites de production ont été détruits par les bombardements. Friedrich Bergius s'est enfui en Argentine où il est mort en 1949 et le kérosène sans pétrole est tombé dans l'oubli ou presque.

En effet, la compagnie allemande Lufthansa finance désormais des recherches menées par l'université de Brême. Le pétrolier Klesch a même mis a disposition une raffinerie près de la mer du Nord, à Heide, pour produire ce kérosène fabriqué brique par brique et non extrait du pétrole.

Pour le rendre moins polluant, il est cette fois-ci produit à base non de charbon mais... d'eau. Dans la recette de l'université de Brême, des molécules d'eau -contenant chacune deux atomes d'hydrogène et un d'oxygène- sont brisées grâce un puissant circuit électrique. Les atomes d'oxygène et d'hydrogène alors libres sont associés avec des atomes de carbone, puisés dans l'air, pour créer ce fameux kérosène "vert".

Une augmentation des billets de 60%

Ce précédé complexe permettrait de réduire les émissions de CO2 de 80%. Par contre, il coûte extrêmement cher à produire. Il nécessite une importante quantité d'électricité. Klesch a choisi de s'approvisionner en électricité grâce à des éoliennes installées près de son site pilote.

 "Nous devons rendre ce kérosène pratique et économique", reconnait le chimiste Ulf Neuling. Selon une étude Transport and Environment, une ONG bruxelloise, ce kérosène non fossile coûterait encore entre trois et six fois plus cher que le kérosène traditionnel. 

En attendant que la recherche avance, le seul moyen de rentabiliser ce carburant est d'en répercuter le surcoût sur le prix des billets. Selon Ulf Neuling, il faudrait augmenter les tarifs des billets de 60% pour rentabiliser ce carburant. Pour Lufthansa, c'est le prix à payer pour réduire l'empreinte carbone de l'industrie aérienne. 

"Le carburant synthétique est la seule vision que je peux voir actuellement pour devenir vraiment neutre en CO2 dans un avenir imaginable", a déclaré Carsten Spohr, directeur général de Deutsche Lufthansa, lors d'une conférence qui s'est tenue à Berlin en novembre dernier, alors que d'autres compagnies comme Easyjet misent elles plutôt sur l'avion électrique.
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco