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L’échec de la fusion avec Fiat: une bonne nouvelle pour Renault?

Si le retrait de son offre s’avère clairement une mauvaise opération pour Fiat Chrysler, Renault n’aurait pas vraiment à pâtir du retrait de la proposition de fusion. Du moins, à court terme.

Si le retrait de son offre s’avère clairement une mauvaise opération pour Fiat Chrysler, Renault n’aurait pas vraiment à pâtir du retrait de la proposition de fusion. Du moins, à court terme. - Fabrice COFFRINI / AFP / FIAT PRESS OFFICE

Si le retrait de son offre s’avère clairement une mauvaise opération pour Fiat Chrysler, Renault n’aurait pas vraiment à pâtir du retrait de la proposition de fusion. Du moins, à court terme.

Mieux vaut être seul que mal accompagné. C’est la conclusion à laquelle arrivent de nombreux observateurs ce jeudi, après la fusion avortée entre Fiat Chrysler (FCA) et Renault. Même si les marchés ont été moins sévères avec FCA dont le titre a fini sur une toute petite baisse (-0,3%) qu'avec Renault dont l'action a perdu près de 7%, le constructeur français n’a pas tant perdu après cet échec. Ses dirigeants soulignaient d'ailleurs encore ce midi dans un communiqué que cette fusion dite "entre égaux" est en effet vite apparue comme au principal bénéfice de FCA, comme le souligne un analyste de KeplerChevreux dans Les Echos.

"Un projet déséquilibré"

"Ce projet est totalement indéfendable et déséquilibré en défaveur de Renault, de son ingénierie, de son outil industriel et in fine de ses salariés, a expliqué Richard Gentil, administrateur salarié CGT de Renault, rapporte Le Point. (…) Fiat Chrysler est malade et cette fusion risque de contaminer encore plus Renault et remettre aussi en cause l'Alliance. Avec 7,5 % du capital, l'État français laisserait la famille Agnelli décider du sort de Renault et d'une grosse partie de l'industrie française, et ce ne sont pas “les promesses” demandées par le ministre Le Maire à FCA qui pourront garantir quoi que ce soit".

De fait, les usines du Français apparaissent en meilleure santé celles de l’Italien, dont certains sites ne tournent qu’à moitié de leurs capacités. Fiat Chrysler est de plus clairement en retard sur les nouvelles technologies comme l’électrique. Ses ventes sont en baisse en Europe, -8,9% depuis le début de l’année. FCA tirerait donc profit des technologies de Renault, et par extension de l’Alliance, sans apporter beaucoup en retour. Le tout en prenant le leadership du nouvel attelage.

"A l’instar de ce qu’à une plus petite échelle, PSA a eu à faire avec Opel, tout est à reprendre et à redresser chez FCA et, pour y parvenir, il faudrait à l’hypothétique ensemble une gouvernance solide et claire qui permette à la partie la plus solide de dominer l’ensemble, écrivait ainsi le 3 juin Bernard Jullien, maître de conférence à l’Université de Bordeaux sur le site autoactu.com. Le modèle de la fusion entre égaux ne permettrait pas cela et risquerait non seulement de ne pas permettre de guérir les malades, mais encore de contaminer Renault et l’Alliance".

L’ombre de Alliance, et les tensions avec Nissan, planent en effet derrière les discussions avec Fiat Chrysler. Avec une copropriété commune entre Renault et Nissan, pour les plateformes par exemple, l'accord du Japonais était indispensable. Or, l'Alliance ne va pas bien. 

En position de faiblesse face à Nissan

C’est le principal défi des nouveaux dirigeants de Renault: relancer l’Alliance. Or l’épisode Fiat semble lui avait perdre en crédibilité. "Renault a entamé des négociations avec Fiat en mars, partiellement pour en faire un chevalier noir, face à Nissan, confie un spécialiste du secteur. La réaction attendue de la part de Nissan était donc celle d’un chevalier blanc, dont l’objectif était de renforcer l’Alliance. Or, Renault n’a pas répondu à Fiat, qui a claqué la porte. Renault n’a pas d’autres choix que de revenir vers Nissan, en n’étant pas en position de force".

"L’échec de cette fusion affaiblit clairement le management de Renault, et Renault, vis-à-vis de Nissan, poursuit un autre fin connaisseur du secteur automobile. Cela intervient alors que la véritable force de Renault, c’est justement l’Alliance avec Nissan. Or cette dernière est au point mort".

"Ouverts à une alliance"

Ce qui fait poindre deux difficultés que Renault va devoir surmonter. Tout d’abord, malgré ses implantations en Inde ou en Russie, le gros de ses volumes de vente se trouve toujours en Europe, "un marché constant, mais avec de faibles marges et une véritable instabilité réglementaire", explique notre premier analyste. Il faut aujourd’hui réussir aux Etats-Unis, et en Chine. Deux marchés où Renault n’est pas ou peu présent, à part via Nissan. Or ce dernier enregistre de mauvais résultats financiers depuis l’an dernier.

"Etre intégré dans une entité plus large, où Jeep et RAM [propriété de FCA, ndlr] restent de sérieuses machines à cash, apporterait du confort à Renault, qui a toujours lutté pour générer une trésorerie suffisante", détaillait le 31 mai une note du cabinet MainFirst.

"Nous restons ouverts à toute perspective de consolidation industrielle", a affirmé ce mardi après-midi Bruno Le Maire, comme pour apaiser les parties. Le rôle de l’Etat actionnaire reste pourtant l’autre point incertain, aussi bien dans la brouille avec Nissan, que dans le deal avec FCA. Autant de thématiques qui devraient animer les débats le 12 avril, lors de l’AG des actionnaires de Renault.

Pauline Ducamp