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Fusion Alstom-Siemens: l'Europe va-t-elle retoquer l' "Airbus du rail" ?

La Commission européenne doit rendre un avis sur ce projet de fusion au plus tard le 18 février 2019

La Commission européenne doit rendre un avis sur ce projet de fusion au plus tard le 18 février 2019 - Thomas Samson-AFP

Alors que la Commission européenne envisagerait de bloquer le projet de fusion entre Alstom et Siemens, pour Bruno Le Maire, refuser la fusion serait selon lui une "erreur économique" et une "faute politique". La décision de Bruxelles doit être rendue avant le 18 février 2019.

Le projet industriel de fusion entre Alstom et Siemens dans les transports ferrés, dont le sort doit être tranché par Bruxelles, va-t-il devenir une affaire? Alors que Bruxelles semble prêt à mettre son veto à l'opération selon Les Echos du 4 janvier, ce mariage franco-allemand, soutenu par Paris et Berlin, pourrait devenir le symbole, en cas de refus de la Commission européenne, de l'incapacité de l'Europe à constituer des géants industriels mondiaux.

La Commission, qui doit rendre un avis sur ce projet de fusion au plus tard le 18 février, craint que ce mariage, annoncé en septembre 2017, réduise la concurrence en Europe pour la fourniture de plusieurs types de trains et de systèmes de signalisation ferroviaire.

Pour Bruno Le Maire, ce serait "une faute politique"

Des voix commencent à s'élever pour protester contre cette hypothèse qui mettrait à bas la constitution d'un géant européen de l'industrie ferroviaire. "Si jamais la Commission européenne devait donner une décision défavorable à cette fusion, elle le ferait pour de mauvaises raisons", a fustigé Bruno Le Maire, invité de l'émission "Le Grand Rendez-Vous" sur Europe 1, hier dimanche 6 janvier. "Ce ne serait pas simplement une erreur économique, ce serait une faute politique parce que ça affaiblirait toute l'industrie européenne face à la Chine", a-t-il ajouté.

"Ça enverrait le signe, face à une Chine conquérante, qui a des moyens qui sont aujourd'hui considérables (...), que l'Europe se divise et se désarme", a poursuivi le ministre, soulignant qu'il ne voyait "aucune raison acceptable" pour que la Commission s'oppose à cette fusion et souhaitant la voir aller "jusqu'au bout".

Alstom-Siemens deviendrait un géant européen du rail

La fusion entre Alstom et Siemens ferait naître un nouveau géant européen du rail, présent dans 60 pays avec un chiffre d'affaires annuel de 15,6 milliards d'euros. Elle doit permettre aux deux entreprises de tenir tête au géant chinois CRRC et au canadien Bombardier.

"Le droit de la concurrence européen est obsolète", a asséné Bruno Le Maire. "C'est un droit qui a été créé au 20ème siècle (...) et qui ne permet pas à l'Europe de créer ses propres champions industriels", a-t-il estimé. Le chinois "CRRC fait 200 trains à grande vitesse ou très grande vitesse par an, Alstom et Siemens, 35. Le chiffre d'affaires d'Alstom et Siemens ensemble, c'est la moitié du chiffre d'affaires de CRRC", a indiqué Bruno Le Maire. "CRRC a pris quasiment tous les appels d'offres aux Etats-Unis sur les trains et les transports publics de voyageurs dans les villes, qu'est-ce qu'on attend pour se réveiller ?", a martelé le ministre de l'Économie.

En 2001, le mariage entre les industriel Legrand et Schneider dans les équipements électriques avait été retoqué par les services de la concurrence de la Commission qui avaient bloqué l'opération, alors que le rapprochement entre les deux groupes français était déjà effectif. Ce veto avait contraint les deux entreprises à dénouer les liens déjà tissés.

F.Bergé avec AFP