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"Contrat du siècle": malgré la polémique, la France et l'Australie s'engagent à construire 12 sous-marins

Un sous-marin militaire français, le 5 décembre 2016 à l'Île Longue.

Un sous-marin militaire français, le 5 décembre 2016 à l'Île Longue. - AFP

La France et l'Australie ont réaffirmé de concert vendredi leur "plein engagement" à réaliser le programme de construction de 12 sous-marins pour la marine australienne. Et ce, malgré la polémique déclenchée par le constructeur tricolore Naval Group concernant les capacités industrielles de ses partenaires australiens.

"Nous avons toutes les deux réaffirmé notre plein engagement envers le programme, son calendrier et la montée en charge des capacités industrielles australiennes". Ce vendredi, la ministre des Armées française Florence Parly et celle de la Défense australienne Lynda Reynolds ont réitéré leur volonté - dans un communiqué commun diffusé à l'issue d'une rencontre organisée en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich - de s'allier pour travailler ensemble sur un programme de construction de 12 sous-marins destinés à la marine nationale.

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"Nous sommes déterminées à travailler ensemble pour en faire un succès", ont-elles ajouté, en rappelant qu'il s'agissait de la pierre angulaire du partenariat stratégique franco-australien.

La sous-traitance australienne en question

De fait, le groupe français Naval Group (ex-DCNS) a été choisi en 2016 pour assurer la conception et la construction de ces 12 sous-marins nouvelle génération, décrochant ainsi le "contrat du siècle" avec un montant colossal de 50 milliards de dollars.

Ces sous-marins à propulsion conventionnelle vont être construits en Australie, avec une première livraison prévue en 2032. Le contrat doit créer 2.800 emplois dans ce pays et occuper parallèlement 500 personnes en France, essentiellement dans la partie conception.

Le président de la filiale australienne du constructeur français Naval Group a toutefois jeté un pavé dans la marre en déclarant, dans une récente interview, que la part australienne dans les sous-marins pourrait être inférieure à 50% en raison de problèmes de sous-traitance locale.

Naval Group fait face à des "défis spécifiques" liés à l'industrie australienne dont il ne fait que prendre connaissance, a relevé John Davis, ajoutant aux interrogations en Australie sur le contrat.

Dans un souci d'apaisement, les deux ministres se sont engagées à échanger régulièrement pour s'assurer de la bonne mise en œuvre du projet, avec une prochaine rencontre prévue dès avril prochain en France et une autre en milieu d'année en Australie.

Rectifier le tir

"Tout est mis en œuvre pour que l'industrie australienne soit totalement impliquée", a assuré, de son côté, Naval Group à Paris, en soulignant que 137 entreprises australiennes avaient déjà été intégrées au projet.

"Aucun élément ne permet de penser que les partenaires australiens ne seront pas en mesure de mener ce projet. Il n'est pas du tout prévu qu'on produise ce sous-marin en France", a ajouté une source proche du dossier.

Des voix critiques déplorent, par ailleurs, le fait que le contrat ait déjà tardé à être conclu car les eaux au nord et à l'est de l'Australie sont devenues le théâtre d'une âpre bataille d'influence entre les Etats-Unis, la Chine et les puissances régionales.

Avec d'un côté, Pékin dont les prétentions territoriales sur l'essentiel de la mer de Chine méridionale (une zone de navigation vitale pour le commerce mondial) ne sont plus à démontrer. De l'autre, l'Australie qui espère que ces sous-marins lui permettront d'opposer une force de dissuasion crédible en cas d'action hostile… Les enjeux géopolitiques sont de taille. A voir s'ils constitueront ou non un frein à la bonne mise en œuvre de ce programme.

J.C-H avec AFP