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Bruno Le Maire confirme la nationalisation provisoire de STX France

Le ministre de l'Économie a indiqué que l'État allait "exercer son droit de préemption sur STX", rappelant toutefois que les chantiers navals n'avaient "pas vocation" à rester dans le giron de l'État.

Contrairement à ce qu'avait laissé entendre Christophe Castaner sur BFMTV et RMC, l'État va bien prendre le contrôle de STX France, au moins provisoirement.

C'est ce qu'a affirmé Bruno Le Maire ce jeudi après-midi: "Nous avons pris la décision d'exercer le droit de préemption de l'État sur STX", a indiqué le ministre de l'Économie au nom des "intérêts stratégiques de la France dans les chantiers navals". Cette opération est toutefois temporaire, les chantiers navals de Saint-Nazaire n'ayant "pas vocation" à rester dans le giron de l'État, a-t-il précisé.

"Les chantiers de Saint-Nazaire sont un outil industriel unique en France. Nous voulions donc garantir aux salariés, mais aussi à la Région, aux clients, aux sous-traitants, à tous les Français, que les compétences exceptionnelles des chantiers en termes de construction resteront en France", a-t-il détaillé, se refusant néanmoins à parler de "nationalisation" durant tout son discours.

Cette décision intervient sur fond de conflit entre Paris et Rome. Alors que l'État français souhaite un partage à parts égales du capital des chantiers navals, les autorités italiennes refusent catégoriquement. L'accord initial, passé par l'ancien gouvernement, prévoyait en effet que l'italien Fincantieri obtienne 48% du capital, épaulé par l'investisseur -lui aussi italien- Fondazione CR Trieste à hauteur d'environ 7%. 

Les ministres italiens ont quant à eux jugé la décision de nationaliser STX "grave et incompréhensibles". 

Reprise des négociations mardi

Mais le nouveau gouvernement français juge que cette situation reviendrait à faire de Fincantieri l'actionnaire majoritaire, étant donné ses liens avec Fondazione CR Trieste. Il espère toutefois poursuivre les discussions avec la société de construction navale italienne, seule candidate à la reprise de STX. 

"Nous allons reprendre la discussion, la reprendre sereinement, la reprendre dès mardi prochain à Rome et j'ai bon espoir que nous trouverons dans les semaines qui viennent les modalités de cet accord industriel européen avec l'Italie dans le domaine de la construction navale", a déclaré le locataire de Bercy.

Dans la soirée, l'Élysée a affirmé qu'Emmanuel Macron souhaitait "un accord qui fasse une large place à Fincantieri". Le chef de l'État a appelé Paolo Gentiloni pour "dissiper toute mauvaise interprétation". "C'est évidemment une décision transitoire pendant laquelle les discussions continuent pour trouver un accord, et notre souhait est évidemment que cet accord fasse une large place à Fincantieri", a fait valoir l'Élysée, assurant que "M. Gentiloni était très apaisé" à l'issue de sa conversation avec Emmanuel Macron.

Un coût de 80 millions d'euros

Pour maintenir les chantiers navals à Saint-Nazaire, l'État déboursera "environ 80 millions d'euros", a souligné le ministre de l'Économie. "La somme sera prise en charge par l'Agence des Participations de l'État", a-t-il précisé, assurant que l'État pourrait "récupérer cette mise [...] dès que nous aurons trouvé une solution industrielle", avec l'Italie et le groupe Fincantieri. 

De se son côté, la direction de STX a affirmé "prendre acte" de la nationalisation mais a déploré dans le même temps "un nouveau délai fâcheux". "Ce nouveau délai est fâcheux car il prolonge une longue période d'incertitude qui est nuisible à notre entreprise, notamment au développement de nos activités nouvelles et au montage de nos financements", a déclaré dans un communiqué la direction du dernier grand chantier naval français. 

Paul Louis