BFM Business

Ben Smith reprend en main la direction d’Air France

Le patron d’Air France-KLM vient de nommer discrètement son bras droit, Angus Clarke, numéro 2 de la compagnie française. Objectif: accélérer la restructuration d’Air France en France et en Europe. La compagnie s’est engagée auprès de l’Etat à renouveler 25% de ses managers d'ici 2024 sans privilégier les Français.

C’est un message interne, envoyé tardivement vendredi dernier, qui a semé le trouble chez Air France. La compagnie a annoncé discrètement la nomination d’un numéro deux de poids: Angus Clarke. L’actuel directeur de la stratégie du groupe Air France KLM devient aussi directeur général adjoint en charge de la politique commerciale mais aussi de la "planification du réseau, la gestion de la flotte et de l’intégralité des revenus d’Air France", selon le document interne dont BFM Business a pris connaissance. Pas de communiqué de presse, pas de message de la direction.

Pourtant, le cumul de ses fonctions chez Air France-KLM et son arrivée directement chez Air France est le signe d’une reprise en main très forte de la compagnie par le patron du groupe, Ben Smith. Car Angus Clarke est son bras droit depuis cinq ans, déjà à l’époque chez Air Canada. La directrice générale d’Air France, Anne Rigail, se retrouve coincée au milieu du binôme, Ben Smith, directeur général d’Air France-KLM et Angus Clarke, son numéro deux. "Elle n’aura pas beaucoup de marge de manœuvre" décrypte un cadre.

Recruter davantage d’étrangers

A cause de la crise, l’Etat français a prêté 3 milliards d’euros à la compagnie, en plus de sa garantie publique pour 4 autres milliards. Il lui a demandé de se restructurer pour retrouver au plus vite le chemin de la rentabilité alors qu’elle a accusé une perte de 1,8 milliard d’euros au premier trimestre. Sur le plan industriel, Air France va profondément revoir ses vols intérieurs déficitaires. La marque HOP ! est destinée à disparaître au profit de Transavia, la filiale low cost du groupe.

Mais la compagnie s’est aussi engagée, auprès de l’Etat français, à revoir en profondeur sa politique managériale. Dans un document interne sur ces "engagements", Air France veut renouveler 25% de ses cadres d’ici quatre ans. La compagnie en compte environ 500. Mais elle va plus loin. Selon ce document, "afin d’attirer les meilleurs talents, sur l’ensemble des positions d’encadrement, le renouvellement se fera indépendamment de la nationalité".

Malaise à tous les étages

Chez Air France, ces engagements en ont étonné plus d’un. "Entre les lignes, cela veut dire qu’il faut sortir des Français pour réduire leur poids chez Air France, s’étrangle un dirigeant. Tout cela avec l’aval de l’Etat français!". A Bercy, on dément cautionner cette "préférence pour les étrangers". La direction d’Air France assure qu’"il n’y a pas eu d’engagement de ce type dans le cadre du soutien de l’Etat". Ces directives ont pourtant été retranscrites sur des documents internes. "Ben Smith dit souvent qu’il veut embaucher plus d’anglo-saxons pour faire évoluer la culture d’Air France" explique un représentant de salariés.

La reprise en main d’Air France par Ben Smith fait grincer des dents au sein de la compagnie mais aussi chez KLM. Les Néerlandais s’inquiètent de voir une nouvelle offensive du patron du groupe avec qui les relations sont délétères. Ben Smith ne parvient pas à asseoir son pouvoir sur KLM depuis deux ans. Farouches défenseurs de leur indépendance, les Néerlandais craignent que l’essor d’Air France ne crée un déséquilibre de l’alliance en faveur des Français.

Matthieu Pechberty