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Alstom Belfort: l'opération ville morte très suivie

Opération "ville morte" à Belfort en soutien aux salariés du site d'Alstom que la direction envisage de fermer. 80% des commerçants ont fermé leurs portes entre 14h et 15h selon la mairie, et des milliers de manifestants étaient dans la rue.

Commerces fermés, habitants dans la rue aux côtés des salariés: Belfort s'est muée en "ville morte" samedi pour tenter de sauver le site historique d'Alstom et ses 400 emplois menacés par un transfert d'activité.

L'annonce début septembre du transfert de la production de trains d'Alstom Belfort à Reichshoffen, en Alsace, menace 400 des 480 postes du site, où ne subsisterait que l'activité de maintenance. Depuis, la ville est suspendue aux négociations qui se sont engagées entre le gouvernement et la direction du groupe.

Entre 3.500 et 5000 personnes

Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi après-midi dans les rues de Belfort. De 3.500, selon la police, à 5.000 personnes, selon la mairie, avaient rejoint le cortège qui s'est élancé de la place de la Résistance derrière une double banderole proclamant "Tous unis pour Alstom Belfort" et "Soutien aux Alsthommes". En tête du défilé se trouvaient une délégation de salariés d'Alstom et une autre composée de dizaines d'élus locaux, portant leur écharpe tricolore.

La journée "ville morte" avait pour but "de montrer que la colère monte à Belfort et de faire pression sur le gouvernement et sur la direction" du groupe industriel, a expliqué le maire de cette collectivité de 50.000 habitants, Damien Meslot (LR). L'édile a expliqué que "les gens sont très solidaires" de l'avenir de l'usine, d'où est sorti le premier TGV en 1971, et dont dépendent près de 900 emplois indirects.

"Nous allons gagner"

"Nous ne sommes pas décidés à courber l'échine, l'histoire de Belfort s'est faite dans la Résistance!" s'est exclamé au micro Damien Meslot, sous les applaudissements nourris de la foule. "Nous demandons au PDG (du groupe industriel) et au gouvernement de donner les commandes nécessaires à la survie du site", d'où est sorti le premier TGV en 1971, et où 400 emplois sont menacés sur 480 au total.

"Nous sommes engagés dans un bras de fer que nous allons gagner!", a lancé de son côté Pascal Novelin, délégué CGT du site industriel, lui aussi très applaudi. "Des perspectives, il y en a: le Grand Paris, le TGV du futur, le développement du fret et du ferroutage, plutôt que de mettre des bus sur la route comme l'a fait (l'ancien ministre de l'Économie Emmanuel) Macron", a ajouté le syndicaliste, soulignant que l'entreprise n'avait "aucun souci financier".

"On ne perd rien en fermant une heure"

Sur le trajet de la manifestation, la quasi-totalité des boutiques indépendantes avaient baissé leur rideau et arboraient sur leur vitrine des affiches "Soutien aux Alsthommes", distribuées par la municipalité. Selon la mairie, environ 80% des commerçants avaient suivi ce mot d'ordre de fermeture de 14h00 à 15h00. Seules certaines enseignes nationales telles que la FNAC ou les Nouvelles Galeries étaient restées ouvertes.

"On ne perd rien en fermant une heure, par contre on perdra beaucoup si Alstom s'en va", a résumé Lucette, la patronne d'un bureau de tabac qui a suivi volontiers ce mot d'ordre. "Tous les commerçants sont inquiets car nous allons tous subir le départ de 400 familles", a confié la manager de la Fédération des Associations de Commerçants et d'Artisans du Territoire-de-Belfort, Élisabeth Blanc. 

L'État promet des solutions

Il s'agit de la deuxième journée de mobilisation importante à Belfort, après une première manifestation le 15 septembre, qui avait rassemblé quelque 2.000 personnes en soutien à l'usine installée depuis 1879 dans la ville. Cette mobilisation survient alors que le gouvernement a promis de présenter "dans les jours qui viennent" des solutions pour maintenir la production de trains chez Alstom Belfort, et qu'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire est convoqué lundi au siège du groupe à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Un second CCE, celui-là ordinaire, suivra mardi matin. Les 9.000 salariés des douze sites français sont appelés à la grève le même jour et une manifestation est prévue à Saint-Ouen à 11h00. Les salariés belfortains s'y rendront dans un TGV spécialement affrété par l'intersyndicale (CFE-CGC, CGT, CFDT, FO).

N.G. avec AFP