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Veolia veut innover pour "ressourcer le monde"

Veolia mise plus que jamais sur l'innovation pour répondre aux besoins des collectivités mais des industriels en terme de gestion de son eau et de son énergie. Il teste par exemple le tri télé-opéré à Amiens. Son slogan:'"ressourcer le monde"

Veolia mise plus que jamais sur l'innovation pour répondre aux besoins des collectivités mais des industriels en terme de gestion de son eau et de son énergie. Il teste par exemple le tri télé-opéré à Amiens. Son slogan:'"ressourcer le monde" - Veolia

Le leader de la gestion de l'eau, de l'énergie et des déchets se veut plus que jamais un acteur majeur du monde de demain. Son slogan: "ressourcer le monde". Avec un maître-mot: l'innovation en particulier au service des industriels.

C'est un PDG confiant qui a présenté ce matin les ambitions de Veolia dans les prochaines années. La transformation du groupe s'achève. Anticipant la publication des résultats annuels de son groupe fin février, Antoine Frérot considère que la dette est "désormais à un niveau soutenable à moyen terme" . Elle a été divisée par deux, autour de 8 milliards d'euros. A l'horizon 2015, il anticipe des objectifs de réduction des coûts à 750 millions d'euros, par rapport à 2011. La nouvelle organisation rime avec davantage de simplicité. Antoine Frérot définit son groupe comme "plus réactif".

L'innovation est plus que jamais son moteur principal avec des ambitions fortes sur le marché à destination des industriels. Il représente actuellement environ 40 % du volume du groupe. Six axes stratégiques sont mis en avant: pétrole et gaz, mines et métaux, agro-alimentaire, démantèlement, économie circulaire et pollutions difficiles. Pour chaque de ces domaines, Veolia a élaboré une stratégie très précise.

Le démantèlement: un marché en développement

Des équipements souvent complexes arrivent en fin de vie. Il peut s'agir aussi bien de trains, de bateaux, d'usines, que de plates-formes pétrolières voire de réacteurs nucléaires. Tous contiennent bon nombre de matières à recycler souvent polluées, par l'amiante en particulier mais pas seulement. "Ce sont ainsi 3800 plates-formes qui devront être démantelées à terme "explique Bernard Harambillet, directeur général France de Veolia Recyclage et Valorisation des déchets. Des entreprises quittent l'Europe et doivent laisser leurs sites sans oublier la pression environnementale de plus en plus forte.

Veolia met en avant son savoir-faire en la matière. Le groupe a mis en place une chaîne complète de traitement, depuis l'étude de faisabilité jusqu'à la valorisation de la ressource en passant par le traitement des déchets toxiques. Ilustration avec ce contrat signé avec la RATP pour le démantèlement de 317 rames de RER à Torvilliers dans l'Aube. Dans une salle blanche spécialement conçue pour l'occasion, qui a nécessité un million d'euros d'investissement, la carcasse est désamiantée. Ce sont 97% des matières, acier, cuivre, inox,etc qui ont ainsi une seconde vie. Veolia se refuse à en dire davantage sur le montant de ce contrat qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros. Il ne compte pas en rester là avec la RATP.

Plus globalement, Veolia envisage de multiplier par 4 ce marché d'ici 2020. Des partenariats devront se mettre en place. Alors que le Journal du Dimanche affirmait qu'Areva pourrait céder sa branche "démantèlement", Antoine Frérot déclare ne pas y croire. En revanche il se dit "persuadé que nous avons intérêt - Veolia, le CEA et Areva - à collaborer pour mettre à jour une filière complète de démantèlement".

Des énergies moins polluantes

Antoine Frérot rappelle que les secteurs du pétrole et du gaz utilisent de plus en plus d'eau et même 20 fois plus dans le cadre de l'exploitation des sables bitumineux ou encore des gaz de schiste. Ses opérations sont souvent réalisées dans des zones à fort stress hydrique. Veolia estime être utile aux industriels pour récupérer cette eau et la recycler. C'est tout l'objet du contrat signé avec Petrobras au Brésil pour le traitement des boues huileuses. Une partie redevient du pétrole exploitable, une autre de l'eau épuré, enfin les résidus solides peuvent servir à alimenter un réseau de chaleur. Veolia affirme que cette solution est plus efficace et moins coûteuse.

Dans ce contexte, le groupe souhaite être impliqué au coeur du process pour élaborer toute une stratégie. La relation classique client-fournisseur est modifiée à l'image de ce qui se fait avec Shell. Pour Yuri Sebregts patron de la raffinerie de Stlanlow, "c'est une nouvelle approche de la chaîne de valeur'. Par ailleurs, le secteur des mines et métaux est le 2ème à utiliser le plus d'eau dans le monde. Avec le leader chinois, Tangshan Iron &Steel, Veolia a mis au point un procédé d'oxydation qui permet de réduire les polluants dans les effluents. Le contrat s'élève à près de 400 millions d'euros.

Des déchets deviennent ressources

Antoine Frérot estime que le marché de l'agro-alimentaire a un potentiel conséquent en termes de gestion des déchets. La première mission du groupe a été l'élimination des déchets organiques, il propose désormais de les transformer en énergie. L'agroalimentaire représente 7% de l'énergie consommée par l'industrie dans le monde. Ainsi dans l'usine de production de lait en poudre de Nestlé au Mexique, l'eau utilisée ne vient pas de l'extérieur mais du lait lui-même. C'est un procédé unique au monde. Pour Antoine Frérot, l'"Europe va redevenir un pays minier" car nos déchets deviendront des ressources.

Le groupe innove avec Castorama en répondant aux besoins de clients. Pour l'élaboration d'un plan de travail pour cuisine, Veolia a mis au point une sorte de "matériaux-thèque". Au client de faire son marché. Dans ces métiers plus classiques, il évolue en testant le "tri télé-opéré" Cette technologie de pointe a été mise en place sur le centre de tri des collectes sélectives d’Amiens. L’opérateur de tri pointe sur un écran tactile les déchets d’emballages ménagers qu’il souhaite extraire de la chaîne. Grâce au tri télé-opéré, l’opérateur ne saisit plus les déchets manuellement.

300 à 400 projets dans les 5 ans

Veolia espère que les industriels représenteront la moitié de son marché à l'horizon 2020. Il n'en oublie pas pour autant son marché classique, les municipalités tout en évoluant vers des nouveaux modèles rémunérés à la performance à l'image du contrat signé avec la ville New-York. Le groupe table sur une dynamique continue des marchés. Ces experts ont isolé 300 à 400 projets significatifs pour les 4 à 5 prochaines années dont 60 % dans l'industrie. Antoine Frérot estime qu'il permettront d'augmenter le chiffre d'affaires du groupe d'au moins 3 % par an. La concurrence est nombreuse, "champions régionaux et spécialistes globaux" comme les définit Antoine Frérot, mais Veolia en machine de guerre s'estime prêt: "notre ADN de constructeur et d'opérateur fera la différence". Il entend poursuivre sur cette lancée avec un nouveau plan de développement 2016-2018. Deux axes: le développement organique avec des acquisitions ciblées et l'amélioration de son efficacité. Le groupe poursuit sur la voie de l'innovation avec un processus dédié: VIA 2.0. Ce programme va permettre d'identifier et de mettre en oeuvre les meilleures éco-innovations.

Nathalie Croisé