BFM Business

Transition énergétique: pour 57% d'entre vous, nos voisins européens sont en avance

France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne... la situation énergétique est très différente selon les pays.

France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne... la situation énergétique est très différente selon les pays. - -

Vous êtes 57% à estimer que les autres pays européens ont de l'avance par rapport à la France sur la transition énergétique. Mais il n'existe pas de modèle unique, prévient Céline Alléaume, du cabinet de conseil Kurt Salmon.

En France, le projet de loi sur la transition énergétique se fait attendre, et pourrait finalement être présenté au printemps 2014. Pour 57% d'entre vous, la France est d'ailleurs en retard au niveau européen.

Tous les pays ont trois objectifs communs: réduire les émissions de gaz à effet de serre, améliorer l'efficacité énergétique, et développer les énergies renouvelables. Mais "chaque pays doit concevoir et expérimenter ses propres approches de transition énergétique", tempère Céline Alleaume, du cabinet Kurt Salmon.

"Nous avons des approches différentes, avec des traditions de production et de consommation disctinctes", explique la spécialiste. Ce qui n'empêche pas d'aller observer les nouveautés chez nos voisins européens.

En Allemagne, la fin du nucléaire

L'Allemagne a opté pour les grands moyens. En mars 2011, quelques jours seulement après l’accident de Fukushima, Angela Merkel décidait de sortir du nucléaire. Ses objectifs en matière de réduction des émissions de CO2, basée sur les énergies renouvelables sont ambitieux:

> 35 % d’ENR dans le mix électrique en 2020, 80% en 2050

> une réduction des émissions de GES de 40 % en 2020, 80 à 95 % en 2050, par rapport à 1990.

Mais la fermeture de 8 réacteurs les plus anciens a contraint l'Allemagne à avoir recours à d'autres énergies polluantes. C'est ainsi que le pays a dû construire 29 centrales à gaz et 17 centrales à charbon et lignite.

La décision de sortir du nucléaire est brutale mais la réflexion était engagée depuis un moment. L'Allemagne a investi massivement dans les énergies renouvelables. Aujourd’hui, 18 % de son électricité est d’origine verte. Elle prévoit que 35 % de son électricité sera d’origine renouvelable en 2020 et 50 % en 2030. Mais cette politique a un coût. Les Allemands paient déjà presque 2 fois plus cher leur électricité, certains parlent d'une hausse de coût de l'ordre de 30%.

Au Royaume-Uni, de multiples pistes

De l'autre côté de la Manche, la démarche est différente. Jusqu’en 2010, 35 % de la consommation d’énergie du Royaume-Uni était issue du charbon.

Le pays a donc décidé en 2011 de revoir sa stratégie énergétique. Il a fixé 3 objectifs:

> réduire pour 2050 ses émissions de dioxyde de carbone de 60 % par rapport au niveau de 1990;

> maintenir un approvisionnement énergétique fiable; promouvoir des marchés de l’énergie compétitifs au Royaume-Uni;

> s’assurer que chaque logement est correctement chauffé.

Pour cela il veut développer l'éolien, le captage-stockage du CO2 mais surtout il mise sur le nucléaire. 16 réacteurs sont en activité ce qui représente environ 20 % de son approvisionnement total. Le Royaume-Uni a donc décidé de renouveler son parc.

Pendant ce temps la Mer du Nord apparaît comme le Graal de l'éolien offshore. Le plus grand parc éolien en mer comporte à lui seul 175 turbines. D'ailleurs parmi les 277 turbines raccordées au réseau depuis le début de l’année en Europe, 146 ont été installées par le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni n'en reste pas là, c'est ainsi qu'il a autorisé l’exploration par fracturation hydraulique des gaz de schiste et lancé une vaste politique d'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments de 700 millions d'euros.

L'Espagne rattrapée par la crise

La situation est très différente de l'autre côté des Pyrénées. En 1983, l'Espagne avait décidé un moratoire sur le nucléaire. Elle s’est engagée dans une politique très volontariste de développement des énergies renouvelables. C'est l'un des pays au monde qui a la plus grande capacité de production d'électricité à partir des éoliennes. 21% de la demande d’électricité sont assurés par l’éolien

Mais les difficultés économiques sont venus à bout des bonnes intentions. Depuis 2008, de nombreuses réformes successives ont progressivement diminué les aides accordées aux énergies vertes

Les énergéticiens espagnols n’ont d’autre choix que de poursuivre leur développement à l’étranger. C'est ce que fait Iberdrola qui a vu le marché domestique se réduire. Conséquence de cette politique drastique, le prix de l’électricité va encore augmenter de 3,2%, ce qui élève de 8% au total la facture électrique depuis 2012.

Nathalie Croisé de BFM Business