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Tension maximum entre Ségolène Royal et EDF sur Fessenheim

La ministre de l’Écologie souhaite que l’arrêt de la centrale soit voté ce jeudi par le conseil d’administration de l’entreprise. Les administrateurs indépendants sont vent debout.

Dernier bras de fer pour Ségolène Royal. Depuis plusieurs jours, la ministre de l’Écologie pousse EDF à valider l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim. Un conseil d’administration est convoqué jeudi après-midi dans ce sens. Le texte final qui sera soumis au vote des administrateurs n’était pas encore ficelé mercredi après-midi. EDF souhaitait acter le principe d’un arrêt de Fessenheim sans pour autant en déclencher la procédure. Et en la renvoyant à plus tard, lors de l’ouverture de la centrale de Flamanville, en 2018, comme le prévoit la loi. Mais ce scénario ne plaît pas au ministère de l’Écologie. "Ségolène Royal est arc-boutée sur le vote d’un arrêt de Fessenheim et la signature d’un décret dans la foulée, explique une source proche du dossier. C’est hyper tendu entre le ministère et EDF". La ministre de l’Ecologie ne décolère d’avoir été trahie par l’entreprise publique.

Petit retour en arrière. En janvier, l’État accepte, après de long mois de négociations, de verser 400 millions d’euros d’indemnités à EDF pour le dédommagement de la fermeture anticipée de Fessenheim. Pour passer à l’étape suivante -la publication du décret actant l’arrêt de la centrale- l’État s’était engagé à signer des autorisations administratives pour les centrales de Paluel et Flamanville. Ce qui a été fait ces dernières semaines. Et malgré cet accord rempli, EDF tente une nouvelle fois de repousser la décision d’arrêter Fessenheim. Provoquant la colère du ministère. "C’est inacceptable. Il y a eu un accord entre l’État et EDF qui n’est pas respecté", s’emporte un proche de Ségolène Royal.

Face à la ministre, les administrateurs indépendants d’EDF, qui trancheront jeudi, sont très remontés. Se faire imposer une décision aussi importante que l’arrêt de Fessenheim à deux semaines des élections les crispent au plus haut point. "Plusieurs administrateurs indépendants sont très irrités du timing politique, confie un autre membre du conseil d’administration. Arracher une décision aussi lourde en catastrophe n’est pas imaginable dans une entreprise comme EDF". D’autant qu’au mois de janvier, ils avaient déjà validé le protocole d’indemnisation négocié pendant des mois avec l’État. Et pensaient que cette première étape serait la dernière avant les élections.L’État pâtit du fait que ses six administrateurs ne peuvent pas prendre part aux votes pour des raisons de conflits d’intérêts.

Nouvelle condition pour trouver un compromis

Selon nos informations, les administrateurs indépendants souhaitent imposer une nouvelle condition au vote de l’arrêt de Fessenheim. L’idée est d’accepter la fermeture de la centrale alsacienne si, d’ici l’ouverture du réacteur EPR de Flamanville, aucun autre réacteur nucléaire ne devait s’arrêter, quelle qu’en soit la raison. Dans le cas où une autre centrale viendrait à s’arrêter, la procédure sur Fessenheim serait ainsi stoppée.

Le bras de fer est d’autant plus tendu que l’Elysée ne serait pas sur la même ligne dure que Ségolène Royal. "On se demande si cette situation n’arrange pas l’Elysée qui ne veut pas fermer Fessenheim", ose un proche de la ministre.

De son côté, le ministère de l’Économie semble du côté d'EDF. Mercredi après-midi, lors d’une conférence téléphonique avec les administrateurs, Bercy a tenté de trouver un compromis. En vain..."L’ordre du jour du conseil d’administration peut être modifié jusqu’à la dernière minute", précise une source. Le conseil se tient jeudi à 14h30. Tout se jouera dans le sprint final.

Matthieu Pechberty