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Sortir du nucléaire coûterait plus de 200 milliards d’euros

La centrale nucléaire de Cattenom, dans l'est de la France.

La centrale nucléaire de Cattenom, dans l'est de la France. - Patrick Hertzog - AFP

L’Institut Montaigne estime à 217 milliards les coûts induits par l’abandon total du nucléaire dans la production d'électricité d'ici à 2035. Un chiffre contesté par Benoît Hamon, qui a fait de cette promesse l'un de ses arguments de campagne.

Comme en 2012, l’avenir du nucléaire en France s’est invité dans la campagne présidentielle. A l’époque, François Hollande avait proposé une réduction de 50% de la part de l’atome dans la production d’énergie tricolore à l’horizon 2025. Un objectif repris par Benoît Hamon, cinq ans plus tard. Mais le candidat socialiste veut désormais aller plus loin, prônant une sortie totale d’ici à 2035.

C’est sur cette proposition que s’est penché l’Institut Montaigne, chiffrant le coût de la mesure à 217 milliards d’euros, soit 10,1 milliards par an durant le prochain quinquennat, puis 13,6 milliards annuels jusqu’en 2035.

Pour établir son évaluation, le think thank libéral a notamment pris en compte les investissements nécessaires au passage du nucléaire aux énergies "propres", estimés à 179 milliards d’euros: 8 milliards par an entre 2018 et 2025, puis 11,5 milliards jusqu’à 2035. Mais aussi l’inévitable adaptation du réseau d’électricité aux nouvelles énergies produites, évaluée à 13 milliards d’euros sur la période.

L'impact sur l'économie française en question

L’indemnisation accordée à EDF, qui exploite les centrales françaises, ainsi que de leurs actionnaires, a également été prise en compte. Se basant notamment sur l’exemple de Fessenheim, dont la fermeture anticipée a récemment été actée par le conseil d'administration d'EDF, les auteurs de l’étude estiment que pour 50 des 58 réacteurs, le coût sera d’environ 500 millions d’euros. Soit une facture globale de 25 milliards d'euros.

S’il ne le chiffre pas précisément, l’Institut Montaigne alerte aussi sur les conséquences d’une sortie du nucléaire sur la balance commerciale française et sur "l’image de la filière nucléaire" à l’international. Il estime ainsi qu’un triple impact frappera l’économie tricolore: "en changeant la donne en matière d’échanges d’électricité avec nos pays voisins et en augmentant au moins temporairement les importations d’énergies fossiles; en compliquant le positionnement de la filière française nucléaire à l’export, en l’absence de marché national de référence; en augmentant les importations de matériels d’entreprises étrangères, les entreprises françaises n’étant pas bien positionnées sur les énergies renouvelables".

Un diagnostic global que conteste l’équipe de Benoît Hamon. Car selon elle, le chiffrage de l’Institut Montaigne "ne prend pas en compte le fait que le coût du nucléaire va augmenter comme l'ont estimé la CRE (Commission de régulation de l’énergie, ndlr) et la Cour des comptes", assure Philippe Martin, ancien ministre de l’Écologie, aux Echos. "Cela ne rime pas à grand-chose car on ne peut pas faire un chiffrage du coût de sortie du nucléaire sans le replacer dans une stratégie globale de transition énergétique".

Y.D.