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Nucléaire: des députés alertent sur les "failles" du système français

Un rapport commis par des députés doit être remis ce jeudi au président de l'Assemblée nationale. Il dresse un portrait peu rassurant sur la situation du nucléaire en France.

Après cinq mois de visites de centrales et d'auditions, la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires va remettre ce jeudi son rapport sur le nucléaire au président de l'Assemblée nationale, François de Rugy (LREM).

"De ses résultats émane une certitude: les catastrophes nucléaires peuvent tout aussi bien survenir ici et maintenant, dans l’une de nos 19 centrales" et de leurs 58 réacteurs, écrit Le Parisien qui s'est procuré ce document de 200 pages.

Cette publication intervient alors que la France, qui veut réduire sa dépendance à l'atome, est en en pleine élaboration de sa feuille de route énergétique pour les années 2019-2023 et 2024-2028.

"Failles" de sécurité, recours "massif" à la sous-traitance...

Le rapport rend compte de "failles" à la fois de sûreté et de sécurité, autrement dit liées à des risques naturels et humains. Les parlementaires redoutent par exemple une attaque terroriste, alors que des militants de Greenpeace ont pu faire s'écraser mardi un drone contre le mur de la centrale de Bugey (Ain).

Ils déplorent également un recours devenu "massif" à la sous-traitance, au point que des salariés d'EDF seraient même formés par des entreprises extérieures dont ils devront par la suite superviser le travail. L'électricien mettrait sous pression ses sous-traitants, en donnant la primauté aux exigences de rentabilité. Il serait même prêt à des "arrangement frauduleux" pour faire des économies, alors que chaque jour de maintenance d'un réacteur lui coûte un million d'euros. Un soudeur serait par exemple intervenu sans habilitation. Le rapport recommande de "favoriser la réintégration des compétences au sein des entreprises exploitantes".

Observant des signes avancés de corrosions sur de nombreuses pièces, la commission s'inquiète du vieillissement des sites, au point de s'interroger sur "la pertinence de la prolongation de la durée de vie de certaines centrales".

Polémique au sein de la commission

Au total, le rapport formule 33 propositions, parmi elles: renforcer le rôle de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), contrôler la sous-traitance dans le secteur, envisager d'autres modes de stockage des déchets, mettre plus de gendarmes dans les centrales ou encore publier un programme prévisionnels des réacteurs à démanteler.

Sur la question épineuse du projet "Cigéo", qui prévoit l'enfouissement en profondeur des déchets nucléaires à Bure (Meuse), dont le rapport souligne les "vulnérabilités certaines". Les députés préconisent d'explorer une alternative: l'entreposage de longue durée en subsurface, c'est-à-dire à faible profondeur.

Le rapport suggère également de créer une Délégation parlementaire au nucléaire civil dont les membres pourraient avoir accès aux informations classifiées nécessaires, à l'image de ce qui se fait déjà dans le domaine du renseignement.

L'ensemble des propositions, rédigé par la rapporteure Barbara Pompili (LREM), ne satisfont pas tous les membres de la commission, selon Le Figaro. Les députés Les Républicains dénoncent un biais idéologique. Ce document "relève plus du manifeste avec un parti pris partial, un procès où des préconisations plutôt consensuelles cachent en réalité un rapport à charge contre le nucléaire", juge le député du Vaucluse Julien Aubert (LR).

J.-C.C.