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Les îles Shetland n'auront bientôt plus besoin de pétrole

Les îles Shetland développent de plus en plus les énergies renouvelables.

Les îles Shetland développent de plus en plus les énergies renouvelables. - Andy Buchanan - AFP

Vents puissants et courants marins ont transformé l’archipel écossais des Shetland, dans l’Atlantique nord, en géant des énergies renouvelables, même si ces îles poursuivent leurs activités historiques dans le pétrole et le gaz

Longtemps tributaires de la production d'énergies fossiles dans la mer du Nord, les îles Shetland, déchiquetées par l'érosion glaciaire et les vagues voient désormais se multiplier les projets d'énergie verte comme l'usine marémotrice Nova Innovation qui a ouvert au mois de janvier. Ses quelques 20.000 habitants se sont aussi mis à planter des éoliennes dans leurs jardins et à couvrir leurs toits de panneaux solaires, même si l'archipel situé au nord-est de l'Écosse ne bénéficie, au mieux, que de 6 heures par jour de lumière en hiver.

"Nous ne sommes pas 100% auto-suffisants mais nous n'en sommes pas loin", explique Jim Dickson dans sa maison de Brae, un village battu par les vents. Pour alimenter en électricité son domicile et sa berline Nissan 100% électrique, le retraité de 69 ans s'est équipé d'une éolienne dont la production lui laisse encore de quoi contribuer à alimenter le réseau électrique local. 

Cet ex-directeur de port a été marqué par la catastrophe écologique du Braer. En 1993, il avait dû être hélitreuillé à bord de ce pétrolier pris dans une tempête pour tenter d'éviter qu'il ne s'échoue. Sans succès. Le navire avait fini par s'écraser dans la baie de Quendale, déversant ses 84.700 tonnes de brut dans l'eau et laissant le pays atterré par la vision des oiseaux marins noyés dans des flaques noires. "On aura toujours besoin d'hydrocarbures pour alimenter nos avions mais on ne devrait pas produire d'électricité avec des hydrocarbures. C'est un non-sens", estime-t-il.

Composer avec l'industrie pétrolière et gazière

C'est dans les années 1970 que l'industrie pétrolière a commencé à se développer dans les Shetland avec la découverte des gisements de la mer du Nord. Celui de Brent, à l'est de l'archipel, est même devenu un emblème de l'industrie au niveau mondial: il est l'une des principales références pour le commerce de l'or noir. Si le géant pétrolier anglo-néerlandais Shell a annoncé vouloir démanteler ce gisement, de nouvelles découvertes à l'ouest des Shetland pourraient donner un coup de fouet à cette industrie.

Le groupe français Total a investi 3,5 milliards de livres (4,1 milliards d'euros) dans une usine près de Sullom Voe pour exploiter les champs de gaz et condensats de Laggan et Tormore. "Cette usine a été conçue pour une durée de vie de 30 ans", explique le responsable des opérations de ce champ gazier, Simon Hare, contemplant les installations tentaculaires qui forment un contraste saisissant avec la beauté sauvage du paysage.

Un réseau électrique saturé 

Mais les défenseurs de l'environnement préfèrent tourner leurs espoirs vers une autre source d'énergie qui réside également sous les eaux. "Nous sommes très gâtés en matière de courants marins en Écosse", souligne Patrick Ross-Smith, responsable du développement à Nova Innovation qui a installé trois hydroliennes de 100 kilowatts sur le site de Bluemull Sound.

L'Écosse disposerait de 24% des capacités européennes d'énergie marémotrice. Pourtant seuls 10% de l'énergie consommée sur l'archipel provient des renouvelables, selon une proportion maximale décrétée par le régulateur britannique de l'énergie Ofgem qui met en avant des soucis de coût et de sécurité de l'approvisionnement. Dans ces conditions, le réseau électrique des Shetland "ne peut plus recevoir davantage d'énergies renouvelables", constate Patrick Ross-Smith.

Or faute de câble reliant l'archipel au reste du Royaume-Uni, l'énergie verte produite par ses parcs éoliens et ses hydroliennes sous-marines ne peut être consommée que sur place. Et cela ne risque pas de changer de sitôt. Il y a bien un projet de relier les Shetland au reste du réseau dans les cartons mais "le coût est important et le calendrier donc incertain".

A.M. avec AFP