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Les entreprises payées pour se priver d’électricité 

En cas de tension très forte sur le réseau, des sites industriels grands consommateurs d’électricité acceptent d’en être temporairement privés. Le gestionnaire de réseau débourse une centaine de millions d’euros par an pour les rétribuer.

Une vingtaine d’usines vont peut-être sauver la France du black-out. Cette semaine, la vague de froid va provoquer une envolée de la consommation d’électricité. En cas de tension très forte sur le réseau, des sites industriels grands consommateurs d’électricité acceptent d’être privés d’électricité. Ces coupures sont très brèves. Elles ne durent que quelques secondes mais sont précieuses pour soulager le réseau. "Ces mesures exceptionnelles interviennent lorsque le réseau électrique est au bord de la rupture", explique Natacha Hakwik qui dirige Eqinov, une société de gestion de la flexibilité de consommation électrique.

La consommation d'une grosse usine peut ainsi être redistribuée et alimenter plusieurs millions de foyers. Une économie indispensable aux heures de pointe. Le réseau de transport peut libérer au même moment la puissance d’un réacteur nucléaire.

Jusqu’à 3 millions d’euros par an

Pour convaincre les usines de s’arrêter, le réseau de transport d’électricité a dû payer le prix fort. Jusqu’à dix fois plus cher que d’habitude. Les plus grands sites industriels peuvent ainsi gagner jusqu’à 2 ou 3 millions d’euros par an! De son côté, le gestionnaire de réseau débourse une centaine de millions d’euros par an pour rétribuer ces entreprises.

Pour les particuliers, les solutions sont nettement moins développées. Des contrats permettent d’inciter les clients à limiter leur consommation aux heures de pointe. Ainsi, ils paient tout au long de l’année un prix inférieur de 10% au tarif réglementé. Mais en contrepartie, ils acceptent de payer 22 jours par an -entre le 1er novembre et le 31 mars- des prix quatre fois plus élevés aux heures de pointe entre 18h et 22h. "Il faudrait des boitiers qui mesurent les baisses de puissance en temps réel pour valoriser au mieux les économies d’énergie des particuliers " ajoute Natacha Hakwik.

Les opérateurs comme Direct Energie réfléchissent à la question depuis des années et testent des "box" depuis quelques mois. Elles pourraient être commercialisées d’ici un an.

Matthieu Pechberty