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Le sûrcout de l'EPR de Flamanville mine EDF en Bourse

L'EPR de Flamanville accuse déjà un retard de quatre ans dans sa construction

L'EPR de Flamanville accuse déjà un retard de quatre ans dans sa construction - -

L’électricien public baissait de 2% à l’ouverture du marché, ce mardi 4 décembre, après avoir annoncé un surcoût de deux milliards d’euros dans la construction de la nouvelle génération de réacteur nucléaire.

EDF était la valeur la plus attaquée sur le CAC40, ce mardi 4 décembre. Peu après l’ouverture, le titre EDF chutait de 2%.

L’annonce d'hier a clairement refroidi les investisseurs. Le groupe dirigé par Henri Proglio a, une nouvelle fois, réévalué à la hausse le coût de l’EPR de Flamanville, la future génération de réacteur nucléaire, à 8,5 milliards d’euros, inflation comprise, quand le projet initial prévoyait, en 2005, un total de 3,3 milliards d’euros.

EDF a ainsi chiffré un surcoût de deux milliards d'euros, prenant en compte de "nombreuses dépenses supplémentaires". L’électricien public cite notamment "l’évolution du design de la chaudière, les études d’ingénierie supplémentaires, l’intégration de nouvelles exigences réglementaires ainsi que les enseignements post-Fukushima", ainsi que des "aléas industriels".

Pour Tangi Le Liboux, analyste chez le courtier Aurel BGC, "la hausse des coûts n'est pas une vraie surprise", mais il estime que "le marché va continuer de s'interroger sur la capacité d'EDF à maîtriser les coûts de l'EPR".

EDF n’a, en revanche, pas modifié la teneur de son calendrier, prévoyant toujours de produire le premier kilowattheure en 2016. La ministre de l'Ecologie et l'Energie, Delphine Batho, a encore assurcé, ce mardi,que ce calendrier serait "tenu".

De déboires en déboires

Le coût de l'EPR de Flamanville avait déjà été revu à la hausse en juillet 2011. EDF faisait alors état d’un coût de six milliards d’euros pour ce dossier ponctué de déboires et de retard.

En février dernier, l'entreprise a, par exemple, dû suspendre le bétonnage du bâtiment réacteur, après s’être aperçu d’un nouveau défaut technique compromettant le bon fonctionnement du site.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), gendarme français du nucléaire, avait déjà plusieurs fois suspendu le bétonnage du site. En 2008, elle avait déploré "un manque de rigueur inacceptable" sur le chantier mené par EDF, tandis qu’en 2011 elle dénonçait "un manque de compétences, de formation à la culture de sûreté des intervenants" et des "lacunes d'EDF dans la surveillance des sous-traitants".

Le bétonnage, doit reprendre en 2013, alors que les travaux du chantier accusent déjà quatre années de retard.

De plus, ce nouvel impair survient au plus mauvais moment, alors que le gouvernement conduit actuellement le débat sur la transition énergétique, qui doit notamment proposer des pistes pour réduire la part du nucléaire de 75 à 50%, d’ici 2025.

Les ONG et associations n’ont ainsi pas manqué de rebondir sur l’annonce d’EDF. Pour Sophia Majnoni, en charge des questions nucléaires à Greenpeace France, ce surcoût "enterre la compétitivité de l'EPR face à l'éolien" tandis que Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire , considère que le "mythe du nucléaire pas cher" est "brisé". José Bové, député européen EELV, a lui dénoncé un "gaspillage financier" "sans fond et sans limite". Il estime que "le coût du mégawatt annoncé initialement à 30 euros dépasse maintenant les 80 euros".

Des arguments qu’EDF conteste, assurant que le nucléaire reste moins onéreux que les énergies renouvelables hors hydrauliques.

Texte: Julien Marion et AFP Vidéo: Grégoire Pelpel