BFM Business

Le secteur du livre, mauvais élève du développement durable

Parmi les impacts environnementaux du livre, la pollution de l’air est majoritairement générée par la fabrication de pâte à papier, et dans une moindre mesure par la fabrication de papier

Parmi les impacts environnementaux du livre, la pollution de l’air est majoritairement générée par la fabrication de pâte à papier, et dans une moindre mesure par la fabrication de papier - Lionel Bonnaventure-AFP

Une "filière durable du livre", de la fabrication du papier aux pratiques commerciales des distributeurs et des éditeurs, est à inventer, affirme un rapport qui épingle les coûts environnementaux de l'édition française, mésestimés par les professionnels de ce secteur.

Le livre papier ne fait pas bon ménage avec l'écologie. Un rapport réalisé par le Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic), relève plusieurs points noirs du secteur de l'édition du point de vue environnemental.

Pour chaque euro de bénéfice généré par l’édition d’un roman en France, il existe un coût caché environnemental et social de 75 centimes, principalement à cause de la fabrication du papier. Tel est l'une des conclusions saillantes de l'étude intitulée "Un livre français : évolutions et impacts de l’édition en France".

Les pros de l'édition mésestiment le coût environnemental du papier

"Un des points marquants de l'étude est l'ignorance, de la part des professionnels comme des citoyens, des impacts liés à la consommation de livres, en partie en raison de l'absence de traçabilité de la matière première", le papier, indiquent les auteurs de ce document.

L'utilisation plus systématique de labels certifiant les plantations de bois ou de papier recyclé (seulement 10% du papier impression-écriture en 2013) sont des pistes d'amélioration. Mais "aucune alternative ne peut à elle seule mettre fin aux impacts constatés" et il est jugé "urgent" de s'attaquer à la surproduction, de favoriser l'amélioration du recyclage du papier et la relocalisation des étapes de fabrication, estime ce rapport.

-
- © -

La mise au "pilon" d'environ un quart de la production annuelle de livres (soit une estimation de 142 millions d'ouvrages) est la conséquence de la rentabilité à court terme exigée aujourd'hui par les grands groupes d'édition, déplorent aussi les auteurs de l'étude. Cette exigence de rentabilité conduit, selon eux, à renouveler constamment l'offre et à rechercher un "effet de masse" avec une présence dans un grand nombre de points de vente.

Autre point à améliorer: les machines d'impression offset utilisées pour imprimer les livres requièrent un temps de calage important. La "passe" génère alors entre 2 et 5% de déchets papier et ce pourcentage augmente avec les tirages plus petits et diminue lorsque les tirages augmentent. À l’inverse, les machines numériques ne requièrent quasiment pas de calage et souvent "la première feuille est la bonne".

L'impression numérique contribue à réduire le "pilon"

L'impression sur des presses numériques peut contribuer à réduire le "pilon" en permettant une réimpression rapide et à un coût faible et en générant aussi moins de papier gâché lors de l'impression. Néanmoins, "les machines offset continuent à être préférées pour les tirages importants. Là où la courbe du numérique est linéaire, celle de l’offset connaît des effets de seuil" explique le document.

Outre l'impact social (moins 10.000 emplois entre 2009 et 2014), la délocalisation de l'impression, qui concerne 25 à 40% des titres vendus en France, est critiquée car elle a abouti à davantage d'émissions de gaz à effet de serre induites par le transport. Et lorsque l'impression est réalisée en France, elle est majoritairement (52%) faite à partir de pâte à papier achetée à l'autre bout du monde, notamment au Brésil (49% de la pâte à papier importée en France en 2015).

Les éditeurs et distributeurs premiers concernés

Parmi les suggestions pour faire évoluer le secteur, les auteurs du rapport suggèrent: "Les éditeurs pourraient adopter des clauses environnementales et sociales dans leurs achats de papier (au-delà des labels existants). Ceci permettrait de revaloriser la production de papier et de pâte à papier locale (moins de transport)".

Un autre enjeu réside dans la réduction du taux de livres pilonnés (1/4 environ) et du gaspillage correspondant. "Sur ce sujet, c’est la logique économique de rotation et d’occupation de l’espace qu’il faudrait revoir. Les éditeurs et les distributeurs sont les premiers concernés, mais il est peu vraisemblable qu’ils remettent en question les pratiques actuelles tant que la sensibilisation sur ce sujet ne sera pas plus importante en France" conclut le rapport.

Frédéric Bergé