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La bactérie E.Coli peut rendre plus "verts" les blue jeans

Des scientifiques ont synthétisé le pigment utilisé pour teinter les blue jeans. 
(image d'illustration)

Des scientifiques ont synthétisé le pigment utilisé pour teinter les blue jeans. (image d'illustration) - Honeyhuyue - Wikimédia - Domaine Public

Le traditionnel blue jean pourrait devenir plus écologique dans les années à venir grâce à une nouvelle teinture obtenue à partir de bactéries.

Le blue jean passe au vert. L'indigo, à l'origine extrait de plantes mais aujourd'hui synthétisé, est le seul colorant capable de donner au "blue jean" sa couleur traditionnelle. "Mais le processus de teinture nécessite des étapes chimiques préjudiciables pour l'environnement", notent les auteurs d'une étude publiée dans la revue Nature Chemical Biology.

L'indigo est utilisé comme colorant sous sa forme naturelle depuis au moins 6.000 ans. Naturels ou de synthèse, les cristaux d'indigo adhèrent à la surface du tissu, qualité qui en a fait un incontournable de la teinture des jeans: le bleu intense est particulièrement résistant au lavage mais l'intérieur des fibres de coton reste blanc, l'abrasion permettant ainsi l'effet "usé" du denim. Environ 95% des quelque 45.000 tonnes d'indigo synthétique produites chaque année sont utilisés pour la teinture des 4 milliards de vêtements en jean fabriqués annuellement, selon les chiffres cités par l'étude.

L'indigo pose un "problème de durabilité" 

Cette forte demande d'indigo pose "un problème grave de durabilité", note l'étude. Synthétiser le colorant nécessite l'utilisation de produits chimiques comme le formol et le cyanure d'hydrogène. L'indigo étant insoluble dans l'eau, pour obtenir une forme soluble nécessaire à la teinture, l'industrie utilise le plus souvent du dithionite de sodium, qui se décompose en sulfate et sulfite, des produits corrosifs.

Les auteurs du rapport ont ainsi développé une méthode pour produire le pigment en utilisant une bactérie conçue en laboratoire. Méthode qui nécessitera des "améliorations" pour être utilisée à une échelle industrielle, mais qui permet un aménagement "nécessaire" d'un processus de teinture "non viable", estiment-ils. Leur méthode alternative "imite" le processus naturel d'une plante à indigo japonaise (la persicaria tinctoria).

La bactérie E.Coli mise à contribution

Ils ont conçu une bactérie E.coli qui, comme cette plante, fabrique de l'indoxyl. Combiné à une molécule de glucose, celui-ci se transforme en indican, composé stable qui peut être stocké. Au moment de la teinture, ajouter une enzyme à l'indican directement sur le tissu le transforme en indigo.

"Le produit final est identique", assure l'un des auteurs, John Dueber, de l'université de Californie, qui reconnaît que la méthode n'est pas prête pour une utilisation industrielle. Pour produire les cinq grammes d'indigo nécessaires à la teinture d'un seul jean, il faudrait "à ce stade plusieurs litres de bactéries", explique-t-il, soulignant que son laboratoire travaille à l'amélioration du processus.

A.M. avec AFP